Dans mon quartier, quand j'étais petit Y'avait pas d'quoi être heureux Des pères drogués, des mères battues, des enfants tristes Des vieux qui furent rayés d'la liste De ceux qui vont dormir près du bon Dieu Et qui engueulent sans prévenir La vie qui court sous leurs yeux Les petits morveux qui ont décidé à l'improviste De faire les clowns sur la plus grande piste La rue qui tourne sous leurs yeux Les branches cassées du peuplier Qui avait déjà peine à pousser Portait l'enfance, en manque de chance, comme un refuge Dans la cour aux mille subterfuges Le bonheur gardait le silence Pour tout espoir, à l'horizon, y'avait un bloc d'illusion Une vieille école bordée d'une p'tite mare aux grenouilles En été, on y pêche, on s'y mouille En hiver, on en fait des chansons Dans mon quartier, quand j'étais petit Y'avait pas d'quoi être heureux J'aurais bien pu perdre le nord de ma jeunesse Mais j'habitais à bonne adresse Où on apprend que l'amour a des yeux Pour toute boussole, le vieux piano Qui trônait dans mon vieux château De bois meurtri, de papier brique et de vieilles planches Je chevauchais les noires et les blanches Et je m'inventais des bravos !! Mon père était le châtelain de notre monde en exil À ses yeux clairs, ma mère devenait une princesse Dont l'amour, pour seule richesse, n'a jamais connu le péril J'oserai demander pardon à tous les enfants sans nom Qui n'ont pas connu le bonheur de ma forteresse Si dans nos jeux, dans notre rue Je ne suis jamais venu Si par ma faute, j'ai dû briller par mon absence Ne croyez pas que ce soit de l'indifférence C'est la musique qui, simplement, m'a retenu