Je n'ai pas refusé ma tâche sur la terre Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici J'ai vécu souriant, toujours plus adouci Debout, mais incliné du côté du mystère J'ai fait ce que j'ai pu; j'ai servi, j'ai veillé Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine Je me suis étonné d'être un objet de haine Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé Dans ce bagne terrestre où ne s'ouvre aucune aile Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains Morne, épuisé, raillé par les forçats humains J'ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle Maintenant mon regard ne s'ouvre qu'à demi Je ne me tourne plus même quand on me nomme Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme Qui se lève avant l'aube et qui n'a pas dormi Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse Répondre à l'envieux dont la bouche me nuit O Seigneur! Ouvrez-moi les portes de la nuit Afin que je m'en aille et que je disparaisse ! Aimer c'est agir