Ce soir c'est pas tes yeux que tu maquilles C'est ceux d'un enfant tout rougis de pleurs Cette image noire au fond de tes pupilles Ravive une très ancienne douleur Des journées grises sans soleil Forcées à la loi du silence Des nuits trop longues sans sommeil Ouvrent la porte à la démence De ton enfance ainsi violée Il ne te reste que le blâme On t'a forcée et humiliée Abandonnée comme une infâme Un souvenir brûle ta peau Une image noire dans la mémoire Un souvenir glace tes os Une image noire dans la mémoire Il qualifiait ses gestes de tendresse Quand alors il dérobait ta jeunesse Esseulée dans l'angoisse qui tenaille Tu n'as dit mot de peur de représailles Durant ces années sacrifiées Notre galante société S'attriste sous de faux sanglots Et protège ainsi ton bourreau On pourrait croire même au complot En serait-il que la victime Confuse de cet imbroglio Aurait oui provoqué le crime Un souvenir brûle ta peau Une image noire dans la mémoire Un souvenir glace tes os Une image noire dans la mémoire Vaincue par la honte des années noires Tu t'es retrouvée seule sur le trottoir Égarée femme enfant et orpheline T'oublies dans une poudre cristalline Un p'tit matin dans une ruelle On t'a trouvé inanimée Des matamores sans cervelle À coups de poings ils t'ont payée Alors la mort face à ce drame Crie sa colère et sort les armes Ce long coma inattendu Sera ta planche de salut Un souvenir, un souvenir Un souvenir, un souvenir Ce soir pas d'images noires dans la mémoire Devant l'éclat bleuté de ton miroir Y'a que ces yeux moqueurs que tu maquilles Pour le premier grand bal de ta fille