Sans plainte dans la bouche Calme, le deuil au coeur, dédaignant le troupeau Je vous embrasserai dans mon exil farouche Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau ! Mes nobles compagnons, je garde votre culte Bannis, la République est là qui nous unit J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit ! Devant les trahisons et les têtes courbées Je croiserai les bras, indigné, mais serein Sombre fidélité pour les choses tombées Soit ma force et ma joie et mon pilier d'airain ! Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente France ! Hors le devoir, hélas ! J'oublierai tout Parmi les éprouvés je planterai ma tente Je resterai proscrit, voulant rester debout J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme Sans chercher à savoir et sans considérer Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer Si l'on est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla S'il en demeure dix, je serai le dixième Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !