Tu n'auras pas le temps De devenir cette femme Qui se souvient de ses printemps Comme des souvenirs qui enflamment Toutes les rides de son visage Pour un rendez-vous avec sa jeunesse Comme avec un livre dont on tourne les pages Non, tu n'auras pas ce temps qui te presse Ennemi et compagnon de tes souffrances Dans cet aujourd'hui qui te détruit Plus vite à chaque seconde en transe Inéluctablement, presque sans bruits Le soleil brille dehors Mais, dans ton regard perdu C'est déjà l'hiver ton décor Celui du silence suspendu Tu n'auras pas le temps De voir ton fils te montrer Combien il t'aime vraiment Lui qui semble si outré De te voir ainsi souffrir Comme si tu étais responsable De tous tes maux et même pire Et de ta déchéance insupportable Pardonne-lui, il ne sait pas Car, il ne veut pas savoir Et s'il n'admet pas ton trépas C'est qu'il ose encore croire Qu'un miracle va se produire Et que sa maman, à nouveau, Pourra encore longtemps séduire Avec naturel et avec brio Le soleil brille dehors Mais, dans ton regard perdu C'est l'hiver ton décor Celui du silence suspendu Tu n'auras pas le temps De courir te blottir contre le coeur De ton frère et tes soeurs mécontents De leur impuissance pour leur soeur Assommés par le chagrin Furieux contre le monde entier Qui laisse s'accomplir le destin Comme une fatalité sans pitié Pourtant eux aussi veulent espérer Que tout ira pour le mieux Et que, bientôt, tu seras délivrée De ces maudits corps silencieux Qui te rongent jusqu'à l'âme Et qui se fichent bien de toi Merveilleuse petite femme Reine promise pour un roi Le soleil brille dehors Mais, dans ton regard perdu C'est l'hiver ton décor Celui du silence suspendu Tu n'as pas encore trop mal Tu n'en es qu'au début du calvaire Mais, chaque jour, ce n'est pas normal Tu deviens plus pâle qu'un suaire Tu ne réclames personne Sauf la chaleur des tiens Et plus d'amour, des tonnes De je t'aime, car tu le vaux bien Tu regardes la vie avec tant d'envie Toutes ces choses simples Que les hommes oublient Dans cette société qui les ensevelit Tu voudrais leur dire Que tous ces petits riens C'est du bonheur qu'on respire Mais, déjà, tu es trop loin Le soleil brille dehors Mais, dans ton regard perdu C'est l'hiver ton décor Celui du silence devenu Non, tu n'as pas eu assez de temps Pas assez ... pas assez... plus assez...