Ton corps est un voilier J’aime à le contempler De nuit comme de jour Les astres s’y prélassent Et jamais ne se lassent D’habiter ses contours Quel combat singulier Que les vagues le lèchent Sitôt le vent l’assèche Pour mieux s’y accoler Ton corps est un voilier J’aime à m’y réfugier Lorsque ma joie s’endort Pour moi seule il ravive Ses fantasques dérives Vers les îles aux trésors Il peut apprivoiser Les marées orageuses Et ses charges fougueuses N’ont rien du cuirassé Ton corps est un voilier J’aime à m’y arrimer Il peut en plein midi Me décrocher la lune Celle qui noie les dunes Celle des fastes nuits Il choisit pour voguer Les brises caressantes Les lames déferlantes Gorgées de volupté Ton corps est un voilier J’aime à m’y exiler À partir au hasard De ses appareillages Chargée d’un doux bagage L’ivresse des départs Il se prend volontiers Des airs de caravelle Que de rives nouvelles N’a-t-il pas accostées Ton corps est un voilier J’aime à y chavirer À sombrer âme et corps Loin des eaux portuaires Tant me sont salutaires Les naufrages à son bord Tu l’auras deviné Mes plus ardents voyages Je les vis au grand large À ton corps amarrée Ton corps, ton corps, ton corps Est un voilier