Il est tard Les oiseaux se sont tus. Des grillons, seul le chant En moi se répercute, uniforme et tranchant Le silence. Et sur le mur gris, aux pierres chaudes Dans un frôlement sourd d’insectes en maraude Fantômes de la nuit, aux ombres menaçantes Les papillons s’abreuvent à la clarté dansante De la prairie voisine, en senteurs éphémères Les effluves se mêlent de l’herbe et de la terre Attendant que la nuit y vienne déposer Parmi les pleurs de l’aube des larmes de rosée C’est le sang du terroir qui vibre sous ma peau Et qui bat dans mes veines et qui me chante beau La lune en sa rondeur est couleur de la rouille Dans la tiède langueur où les idées se brouillent S’entremêlent et s’effacent sur la feuille jaunie Il me semble parfois, bercé par l’atonie Être aux portes du monde et déjà sommeillant Reposer ma conscience en un havre accueillant Là-bas, un cri d’oiseau; plus loin, un aboiement Une porte qui claque et puis, infiniment Un nuage qui passe et le ciel qui s’allume Et toi, l’ami Pierrot, qui me prêtes ta plume Afin de la tailler, afin de l’affûter, Pour la tremper dans l’encre d’une nuit d’été...