Quand le somnifère assomme l'homme Le fer contre la terre détonne l'atmosphère lourde et figeante Le corps fond dans le tréfond sans fond Le manège s'ébroue, s'emballe, s'enflamme, s'envole L'homme décolle du sol de sa vie dans la nuit basculante aux accords désorgués D'une chaise musicale qui voit passer sur son siège les culs pressés De savoir s'ils trouveront leur salut dans un ballet directement éliminatoire En suspendant leur chute le temps de faire chuter les autres mais tous les autres aussi Le contact d'un sol survolé tant et tant d'heures d'errances à respirer à souffle Cadencé sans règle, sans logique, sans cubisme éprouvé, avant que l'ultime volonté Marchandée dans une réserve d'épuisance irrévocablement condamnée ne rende L'arme qu'on lui a vendue sans mode d'emploi Voilà l'entrée de l'absurde sur la scène du théâtre hautement privé, dont les souvenirs Inventent chaque nuit un langage à clés perdues dans une histoire enfouie Volontairement au fond de marécages inaccessibles, stérilisé de l'émotion primaire nue Fragile et tellement résignée à n'être caressée que par la caresse d'un espoir sans espoir La raison fait place à la déraison, la logique à la délogique, l'illusion à la désillusion, l'espérance à la désespérance, une perte vidée de ses codes d'ouverture par la rupture de l'anévrisme de soi, vidant la substantifique substance consistante bris par débris jusqu'au silence du jugement qui ne sera jamais appliqué : Ce serait si facile de s'en sortir ainsi L'autre jugement, celui d'après le précédent jugement d'avant tous les jugements D'avant le jugement premier se prépare en coulisse avec la jouissante conviction D'être le dernier mais sans en être le premier à en douter : Tous les autres l'ont appris à leur perte consommée Sans cubisme éprouvé, le dernier ne peut que douter