Pendant une maladie

Paroles : Victor Hugo.
Musique : Alain Lecompte.
1859
On dit que je suis fort malade
Ami; j'ai déjà l'oeil terni
Je sens la sinistre accolade
Du squelette de l'infini

Sitôt levé, je me recouche
Et je suis comme si j'avais
De la terre au fond de la bouche
Je trouve le souffle mauvais

Comme une voile entrant au havre
Je frissonne; mes pas sont lents
J'ai froid; la forme du cadavre
Morne, apparaît sous mes draps blancs.

Mes mains sont en vain réchauffées
Ma chair comme la neige fond
Je sens sur mon front des bouffées
De quelque chose de profond

Est-ce le vent de l'ombre obscure ?
Ce vent qui sur Jésus passa !
Est-ce le grand Rien d'Épicure
Où le grand tout de Spinoza ?

Les médecins s'en vont moroses
On parle bas autour de moi
Et tout penche, et même les choses
Ont l'attitude de l'effroi

Perdu ! Voilà ce qu'on murmure
Tout mon corps vacille, et je sens
Se déclouer la sombre armure
De ma raison et de mes sens

Je vois l'immense instant suprême
Dans les ténèbres arriver
L'astre pâle au fond du ciel blême
Dessine son vague lever

L'heure réelle, ou décevante
Dresse son front mystérieux
Ne crois pas que je m'épouvante
J'ai toujours été curieux

Mon âme se change en prunelle
Ma raison sonde Dieu voilé
Je tâte la porte éternelle
Et j'essaie à la nuit ma clé

C'est Dieu que le fossoyeur creuse
Mourir, c'est l'heure de savoir
J'ai dit à la mort : Vieille ouvreuse
Je viens voir le spectacle noir



Ils ont interprété la chanson:

Alain Lecompte (2001).

Parution initiale:

Victor Hugo Live d'Alain Lecompte (2001, Nordisques, NDQCD-1602).