Ma belle langue est en exil Au caprice du vent de l'exile Dans quelle terre va-t-elle fleurir ? Et qui pour elle voudrait mourir ? Jadis, des gens en ce pays De St-Charles et de St-Denis Se sont armés pour la défendre En 1837, en novembre Faudra-t-il trouver des raisons Pour faire entendre en chanson Toutes vos voix qui se sont tues Patriotes, Patriotes qu'êtes-vous devenus ? Pour tous ceux-là qu'on a pendu Au nom de quelles lois, de quelles vertus Des magistrats, dans leur colère Auraient ignoré leur prière Et les enfants, noyés de pleurs Fermant les yeux dans la douleur Ont emporté dans leur silence Cet héritage de l'absence Faudra-t-il sonner le carillon Pour faire entendre en chanson Toutes vos voix qui se sont tues Patriotes, Patriotes qu'êtes-vous devenus ? D'autres se sont vus expatriés Sur des frégates, furent embarqués Pour vivre leur peine en Australie Casser la pierre, crever d'ennui François-Maurice Lepailleur Et d'autres hommes de grand coeur En de belles et touchantes pages Nous ont livré leur témoignage Faudra-t-il agiter les fanions Pour faire entendre en chanson Toutes vos voix qui se sont tues Patriotes, Patriotes qu'êtes-vous devenus ? Les veuves de ces exilés Sont devenues désemparées Avec leur âme toutes en peine Elles ont pleuré cette déveine Leur chagrin comme l'océan A traversé le continent Au quotidien, ont fait leur vie Dans l'encre du sang des oublies Faudra-t-il sortir les clairons Pour faire entendre en chanson Toutes vos voix qui se sont tues Patriotes, Patriotes qu'êtes-vous devenus ? Qu'est devenue notre mémoire Cette oubliée de notre histoire La vie trop vite nous déracine Jette ses feuilles, tue les racines J'ai dans mes terres un souvenir De coeur, et d'âme et de désirs Leur belle histoire toute brodée Avec des mots fleur-de-lysés Faudra-t-il brandir les canons Pour faire entendre en chanson Toutes vos voix qui se sont tues Patriotes, Patriotes qu'êtes-vous devenus ?