Ô mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse C'est donc vous ! Je m'enivre encore à votre ivresse Je vous lis à genoux Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher, moi l'heureux et le sage Pour pleurer avec vous ! J'avais donc dix-huit ans ! J'étais donc plein de songes ! L'espérance en chantant me berçait de mensonges Un astre m'avait lui ! J'étais un Dieu pour toi qu'en mon coeur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant, hélas ! Devant qui l'homme Rougit presque aujourd'hui ! Ô temps de rêverie, et de force, et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe ! Baiser un gant jeté ! Vouloir tout de la vie, amour, puissance et gloire ! Être pur, être fier, être sublime, et croire À toute pureté ! À présent, j'ai senti, j'ai su, je sais,.qu'importe Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte Qui gémit en tournant ! Oh ! Que cet âge ardent, qui me semblait si sombre À côté du bonheur qui m'abrite à son ombre Rayonne maintenant ! Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années Pour m'avoir fui si vite, et vous être éloignées Me croyant satisfait ? Hélas ! Pour revenir m'apparaître si belles Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes Que vous ai-je donc fait ?