Le verbe

Paroles et musique : Michel Boudrias.
© 2005 Michel Boudrias


Ce texte est publié avec l'aimable autorisation de Monsieur Michel Boudrias.
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24-02-2006


Dans une salle étroite aux dorures superbes 
Flanquée de hautes armoires pleines de livres 
Il y a une table de marbre vaste et funèbre 
Ras de manuscrits en copies exclusives 
Derrière ce bureau, une figure maladive 
Évoquant celle d’un vautour en exultation 
Applique frénétiquement sa plume corrosive 
Contre ces écrits qu’il livre à la damnation 

La porte s’ouvre sur ce temple de Salomon 
S’assoit devant l’autel l’écrivain du terroir 
Vous êtes une minable copie de Louis Hémon 
Un débris de consanguin bon pour les tiroirs 
Retournez tirer vos vaches pauvre campagnard 
Dans votre vulgaire village des années trente 
Puis le vieux prend sa canne et regagne le couloir 
Maudissant la ville et sa caste arrogante 

Aux éditions de la pensée transcendante 
C’est un promontoire pour mépriser la plèbe 
Le bastion de l’érudition malveillante 
Où une secte infecte séquestre le verbe 

Aspirant aussi à devenir célèbre 
Une écrivaine surréaliste entre à son tour 
Chère dame, vos envolées lyriques sont très faibles 
Oser les exhiber requiert de la bravoure 
Si le grand Paul Éluard était de retour 
Il rirait de votre poésie navrante 
Elle se dresse outrée par ce venimeux discours 
Et sort comme elle est venue : fort titubante 

S’amène sur le seuil un solitaire acerbe 
Un dénonciateur de la conspiration 
Vos bredouillages bidons de bretteur imberbe 
Ne sont que paranoïa et supputations 
Quelques électrochocs et de bonnes contentions 
Pourront peut-être adoucir votre psychose 
Le frêle jeune homme fronce les sourcils de suspicion 
S’allume et clope et s’éclipse d’un air morose 

L’éditeur profitant de la porte close 
Pousse un rire tonitruant et démoniaque 
Derrière sa fenêtre trois enragés explosent 
À cette offense, dans le bureau ils débarquent 
Le vieux utilise sa canne comme un tomahawk 
La surréaliste vide son flasque sur le vilain 
Le parano tire son mégot du tac au tac 
Puis boute le feu au bourreau et à ses bouquins 

Mais même les mises à mort ne matent pas les mesquins 
Aux éditions de la pensée transcendante 
On avait bien assuré l’immeuble et les biens 
C’est pourquoi perdure l’élite condescendante 

Aux éditions de la pensée transcendante 
C’est un promontoire pour mépriser la plèbe 
Le bastion de l’érudition malveillante 
Où une secte infecte séquestre le verbe 



Ils ont interprété la chanson:

Michel Boudrias (2006).

Parution initiale:

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