Dans une salle étroite aux dorures superbes Flanquée de hautes armoires pleines de livres Il y a une table de marbre vaste et funèbre Ras de manuscrits en copies exclusives Derrière ce bureau, une figure maladive Évoquant celle d’un vautour en exultation Applique frénétiquement sa plume corrosive Contre ces écrits qu’il livre à la damnation La porte s’ouvre sur ce temple de Salomon S’assoit devant l’autel l’écrivain du terroir Vous êtes une minable copie de Louis Hémon Un débris de consanguin bon pour les tiroirs Retournez tirer vos vaches pauvre campagnard Dans votre vulgaire village des années trente Puis le vieux prend sa canne et regagne le couloir Maudissant la ville et sa caste arrogante Aux éditions de la pensée transcendante C’est un promontoire pour mépriser la plèbe Le bastion de l’érudition malveillante Où une secte infecte séquestre le verbe Aspirant aussi à devenir célèbre Une écrivaine surréaliste entre à son tour Chère dame, vos envolées lyriques sont très faibles Oser les exhiber requiert de la bravoure Si le grand Paul Éluard était de retour Il rirait de votre poésie navrante Elle se dresse outrée par ce venimeux discours Et sort comme elle est venue : fort titubante S’amène sur le seuil un solitaire acerbe Un dénonciateur de la conspiration Vos bredouillages bidons de bretteur imberbe Ne sont que paranoïa et supputations Quelques électrochocs et de bonnes contentions Pourront peut-être adoucir votre psychose Le frêle jeune homme fronce les sourcils de suspicion S’allume et clope et s’éclipse d’un air morose L’éditeur profitant de la porte close Pousse un rire tonitruant et démoniaque Derrière sa fenêtre trois enragés explosent À cette offense, dans le bureau ils débarquent Le vieux utilise sa canne comme un tomahawk La surréaliste vide son flasque sur le vilain Le parano tire son mégot du tac au tac Puis boute le feu au bourreau et à ses bouquins Mais même les mises à mort ne matent pas les mesquins Aux éditions de la pensée transcendante On avait bien assuré l’immeuble et les biens C’est pourquoi perdure l’élite condescendante Aux éditions de la pensée transcendante C’est un promontoire pour mépriser la plèbe Le bastion de l’érudition malveillante Où une secte infecte séquestre le verbe