Le vendeur de soulier

Paroles et musique : Michel Décary.
1995
Nos coeurs, nos guitares, nos trompettes
Les yeux aux cieux, tapant du pied
Nous rendions hommage à Bechett
Sur une scène improvisée

Quand un rustaud sui generis
Un empêcheur réglementaire
Quérit un agent de police
Réclamant de nous faire taire

Barbare, inculte individu
Petit commis dans la chaussure
Jamais nous n'aurions entendu
Parler de lui, c'est chose sure

Si le hasard malencontreux
La providence et le destin
Ne s'étaient mis d'accord entre eux
Pour qu'il croisât notre chemin

Nous aurions tous bien rigolé
Si ce n'était du vendeur de souliers

Mais
Restons pur devant les cruchons
Et les écornifleurs
Laissons pas paître les cochons
Dans nos petites fleurs

La guitare qui s'emballait
Négligea de coopérer
Le batteur roulant ses balais
Comme un refus d'obtempérer

Et le saxo avec esprit
Lui qui les savait tous par coeur
Se mit à jouer sans qu'on le prie
Des solos de Charlie Parker

Quand le peigne-cul tel un sourd
Cria "prenez leurs instruments"
Le tuba grogna comme pour
Casser la gueule au garnement

Sachant de son coté la loi
Il déclamat à l'officier:
"Je porte plainte et veux de droit
Qu'on les mène au pénitencier"

Nous aurions fait danser les fées
Si ce n'était du vendeur de souliers

Mais
Restons fier devant les ballots
Les nuls universels
Laissons pas cracher les chameaux
Dans nos love for sale
 C'est alors que l'on a passé
La nuit en se curant les ongles
Dans un cachot cadenassé
À siffloter des airs d'Armstrong

Au matin, le cerbère enfin
Nous sorti de ce trou de rat
Pour qu'on entende notre fin
De la bouche du magistrat

Mais par malheur le juge était
Un bon ami du savatier
La paire de botte qu'il portait
Était un gage d'amitié

Les plus belles qu'on ait pu voir
Car il venait chaque matin
Les faire briller comme un miroir
Avec sa langue de catin

Nous aurions fait chanter les blés
Si ce n'était du vendeur de souliers

Mais
Ne restons droit devant les cyprins
Les trumeaux mal polis
Laissons pas brouter les caprins
Dans nos melancholy

C'est ainsi, qu'ultime insolence
Corrompu par un cordonnier
L'inquisiteur sans indulgence
À la mort nous a condamné

Le jour de notre ultime onction
Le vent soufflant sur  l'échafaud
Chantait la désapprobation
De la faucheuse et de sa faux

Nous moururent sans appréhensions
Car, c'est connu, au paradis
On pardonne sans conditions
Au jazz et à ses érudit

Mais, perfide,  le casse-pied
Brûlait des cierges à l'oratoire
St-Joseph ainsi soudoyé
Nous expulsa du purgatoire

Nous aurions tous ressuscité
Si ce n'était du vendeur de soulier



Ils ont interprété la chanson:

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Parution initiale:

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