Nos coeurs, nos guitares, nos trompettes Les yeux aux cieux, tapant du pied Nous rendions hommage à Bechett Sur une scène improvisée Quand un rustaud sui generis Un empêcheur réglementaire Quérit un agent de police Réclamant de nous faire taire Barbare, inculte individu Petit commis dans la chaussure Jamais nous n'aurions entendu Parler de lui, c'est chose sure Si le hasard malencontreux La providence et le destin Ne s'étaient mis d'accord entre eux Pour qu'il croisât notre chemin Nous aurions tous bien rigolé Si ce n'était du vendeur de souliers Mais Restons pur devant les cruchons Et les écornifleurs Laissons pas paître les cochons Dans nos petites fleurs La guitare qui s'emballait Négligea de coopérer Le batteur roulant ses balais Comme un refus d'obtempérer Et le saxo avec esprit Lui qui les savait tous par coeur Se mit à jouer sans qu'on le prie Des solos de Charlie Parker Quand le peigne-cul tel un sourd Cria "prenez leurs instruments" Le tuba grogna comme pour Casser la gueule au garnement Sachant de son coté la loi Il déclamat à l'officier: "Je porte plainte et veux de droit Qu'on les mène au pénitencier" Nous aurions fait danser les fées Si ce n'était du vendeur de souliers Mais Restons fier devant les ballots Les nuls universels Laissons pas cracher les chameaux Dans nos love for sale C'est alors que l'on a passé La nuit en se curant les ongles Dans un cachot cadenassé À siffloter des airs d'Armstrong Au matin, le cerbère enfin Nous sorti de ce trou de rat Pour qu'on entende notre fin De la bouche du magistrat Mais par malheur le juge était Un bon ami du savatier La paire de botte qu'il portait Était un gage d'amitié Les plus belles qu'on ait pu voir Car il venait chaque matin Les faire briller comme un miroir Avec sa langue de catin Nous aurions fait chanter les blés Si ce n'était du vendeur de souliers Mais Ne restons droit devant les cyprins Les trumeaux mal polis Laissons pas brouter les caprins Dans nos melancholy C'est ainsi, qu'ultime insolence Corrompu par un cordonnier L'inquisiteur sans indulgence À la mort nous a condamné Le jour de notre ultime onction Le vent soufflant sur l'échafaud Chantait la désapprobation De la faucheuse et de sa faux Nous moururent sans appréhensions Car, c'est connu, au paradis On pardonne sans conditions Au jazz et à ses érudit Mais, perfide, le casse-pied Brûlait des cierges à l'oratoire St-Joseph ainsi soudoyé Nous expulsa du purgatoire Nous aurions tous ressuscité Si ce n'était du vendeur de soulier