Au cinquième trou de la ceinture On a vingt ans et belle allure Même si la bascule du métro Voudrait qu'on soit un peu plus gros C'est qu'on ne mange pas tous les jours Ou tout au moins pas assez pour Vous semblez gras et bien portant Mais on s'en fout, on est content Venez, venez, belle Germaine J'ai rendez-vous à la Madeleine Ça n'sera pas long, c'est pour affaire Du travail chez un libraire Car la famille tient mordicus À c'que j'fasse quelque chose Et me menace de blocus Si je n'fais rien, c'est pourquoi j'ose C't'impolitesse à ma paresse Mais t'en fais pas, j'travaillerai pas Le vie est trop belle à rien faire Alors pourquoi se fatiguer ? Pour moi, il n'y a qu'un salaire C'est l'amour et la liberté Si le bon Dieu donne à manger À ses petits oiseaux Alors à sept heures Je serai à la terrasse des Deux Magots Mais les chansons qui durent toujours Ne sont que les chansons d'amour Au troisième trou de la ceinture Ce n'est plus l'âge de l'aventure Et lorsqu'on voit venir l'hiver On aime bien les calorifères On aime aussi les calories Les jambons et les spagettis Les couvertures et les fauteuils Les beaux habits pour son orgueil Ah non! Ah non! Belle Germaine Il faut qu'je sois à la Madeleine Je suis maintenant dans les affaires Une boutique de libraire Que voulez-vous, belle Vénus À dormir à la belle étoile Comme réveil, au loin, l'Angélus Et déjeuner le vent des voiles Je fus forcé petit à petit À reviser ma théorie La vie est trop brève pour rien faire Il faut bien gagner son beefsteak Chaque semaine son salaire C'est bien utile et c'est moins sec Si le bon Dieu donne à manger À ses petits oiseaux Il paie pas souvent sa tournée À la terrasse des Deux Magots Les refrains, même joyeux Finissent par devenir vieux Au dernier trou de la ceinture Nous ne sommes plus qu'une brochure De quelques pages bien tapées Que l'on ne peut plus rattraper Cousu de vieilles habitudes Seules fidèles de nos maîtresses On cherche alors la solitude Sous un petit air de sagesse Adieu, adieu, belle Germaine Priez pour moi à la Madeleine Pendant que j'expierai là-haut La joie de vous avoir aimé trop Si quelques fois le temps passé Vous ramène au bois oublié Ne regrettez rien, ma jolie C'est inutile, c'est la vie Et que la paix de vos vieux jours Soit le portrait de notre amour La jeunesse était notre affaire Nous nous en sommes occupés Pourquoi regretter le salaire Qu'était le bonheur de s'aimer ? Si le bon Dieu donne à manger À ses petits oiseaux Nous, nous avons bu ses baisers À la terrasse des Deux Magots