Il est un invisible corps Qui de bas lieu tire son être Et qui jamais ne fait connaître Ni qui il est, ni d’où il sort Voilà mission fort émérite Que d’en vanter tous les bienfaits Que d’en poser tous les mérites Et d’en constater les effets Ces exhalaisons de tout bord Sulfureuses et souveraines Intestines qui se promènent Dans l’alambic de notre corps Il en existe tant d’espèces D’une infinie diversité Que je ne puis et le confesse Chacune vous les présenter S’il est de fort délicats Avec un vrai bruit de tonnerre En guise d’entrée en matière D’autres s’annoncent avec fracas Le pet brutal à la hussarde Plein de vigueur et bien au chaud Coup de boutoir force et bombarde L’huis de son ténébreux cachot Le pet guerrier monte à l’assaut Friand d’espace et de conquêtes Avec l’éclat d’une trompette Sonnant la charge in extenso Le pet douceâtre à voix plaintive En un soupir organisé Jamais ne prend l’initiative Restant timide et réservé Comme une phrase entrecoupée Par d’imperceptibles virgules Le pet musical se module En des reprises nuancées Avec ses traces de freinage Celui bien ventru du routier Ou qui parfume le potage Le pet gourmand du cuisinier Douce haleine aux dépens d’autrui Le pet honteux lui n’est qu’un souffle Traître en soi mais qui se camoufle Et qui ne fait le moindre bruit Le pet confit lui nous allège Longtemps macéré puis lâché En outre il fortifie le linge Feu d’artifice empanaché Pour affiner notre odorat Sachons en toute circonstance Tirer profit des flatulences De quelque ordre qu’il nous plaira Et répandant un florilège Plaignons tous les enchifrenés En usant de ce privilège Pour mieux nous dégager le nez