Agrippé à la cime De son vieux séquoia De peur qu'on l'abîme Un ange voyait en bas Des gens surexcités S'agiter comme des fourmis Fiers d'amener dans leur cité Son arbre sans âge et pourri L'ange ne comprenait pas Lui qui depuis deux ans Se sentait aimé dans les bras De son ami si séduisant Pourquoi toutes ces haches Dressées telles des antennes Comme au temps des apaches Contre cet être sans haine ? Vous pouvez bien m'abattre J'ai assez vécu, je suis lassé Vieil acteur dans votre théâtre Je vous dis adieu, j'en ai assez ! Mais qu'attendez-vous Pour donner le premier coup ? Pourquoi tremblez-vous En voyant mon amie à genoux Implorer les cieux si proches Au faîte de mes branches Là où nos esprits s'approchent De ses amis aux ailes blanches ? Auriez-vous donc peur Vous les humains si malins D'un seul ange loin de vos coeurs Cette femme morte de chagrin ? Vous semblez à présent si surpris De la voir déployer ses ailes Comme un aigle affamé de vos vies Prêt à vous emporter dans le ciel Vous pouvez bien m'abattre J'ai assez vécu, je suis lassé Vieil acteur dans votre théâtre Je vous dis adieu, j'en ai assez ! Vous avez déposé vos haches Près de mes racines irritées Décidées à fuir comme des lâches Fourmis errantes et dépitées Mais l'aigle était si gigantesque Que dans ses ailes vous échouâtes Misérables nains si grotesques Sous mes feuilles de rire écarlates ! Il n'eut alors aucune peine À atteindre ma plus haute branche Pour revêtir son habit de reine Dans son château de toile blanche Vous ne compreniez plus rien Vous qui étiez encore des hommes Il y a quelques heures ce matin Si forts, si indestructibles en somme Vous pouvez bien m'abattre J'ai assez vécu, je suis lassé Vieil acteur dans votre théâtre Je vous dis adieu, j'en ai assez ! Médusés, vous avez alors écouté Le récit de ma compagne soulagée Qui vivait ici depuis une éternité Deux ans comme un siècle outragé Elle voulait que le monde, en quête De belles histoires authentiques Accepte sa démarche, sa requête De partager ma vie, mes reliques Elle voulait que je puisse encore Contempler toute cette diversité Ces merveilles comme des corps De femmes rayonnantes de beauté Vous êtes restés longuement Suspendus à mes branches Objets insolites à mon firmament Et un jour ayant pris sa revanche Mon ange vous a enfin libérés Pour que comme ses messagers Vous alliez de l'Alaska au Ténéré Chanter cette chanson pour la partager. Vous vouliez donc m'abattre Mais face à tant d'amour Vous avez détruit l'âtre Qui m'attendait pour toujours