Le séquoia

Paroles : Jean-Michel Bartnicki.
Musique : Mario Campanozzi et Christine Davi.
1999
Agrippé à la cime
De son vieux séquoia
De peur qu'on l'abîme
Un ange voyait en bas

Des gens surexcités
S'agiter comme des fourmis
Fiers d'amener dans leur cité 
Son arbre sans âge et pourri

L'ange ne comprenait pas
Lui qui depuis deux ans
Se sentait aimé dans les bras 
De son ami si séduisant

Pourquoi toutes ces haches
Dressées telles des antennes 
Comme au temps des apaches
Contre cet être sans haine ?

Vous pouvez bien m'abattre
J'ai assez vécu, je suis lassé
Vieil acteur dans votre théâtre
Je vous dis adieu, j'en ai assez !

Mais qu'attendez-vous 
Pour donner le premier coup ?
Pourquoi tremblez-vous 
En voyant mon amie à genoux

Implorer les cieux si proches
Au faîte de mes branches
Là où nos esprits s'approchent
De ses amis aux ailes blanches ?

Auriez-vous donc peur
Vous les humains si malins 
D'un seul ange loin de vos coeurs
Cette femme morte de chagrin ? 

Vous semblez à présent si surpris
De la voir déployer ses ailes 
Comme un aigle affamé de vos vies
Prêt à vous emporter dans le ciel

Vous pouvez bien m'abattre
J'ai assez vécu, je suis lassé
Vieil acteur dans votre théâtre
Je vous dis adieu, j'en ai assez !

Vous avez déposé vos haches
Près de mes racines irritées
Décidées à fuir comme des lâches
Fourmis errantes et dépitées

Mais l'aigle était si gigantesque
Que dans ses ailes vous échouâtes
Misérables nains si grotesques 
Sous mes feuilles de rire écarlates !

Il n'eut alors aucune peine
À atteindre ma plus haute branche
Pour revêtir son habit de reine 
Dans son château de toile blanche

Vous ne compreniez plus rien
Vous qui étiez encore des hommes 
Il y a quelques heures ce matin
Si forts, si indestructibles en somme

Vous pouvez bien m'abattre
J'ai assez vécu, je suis lassé
Vieil acteur dans votre théâtre
Je vous dis adieu, j'en ai assez !

Médusés, vous avez alors écouté
Le récit de ma compagne soulagée
Qui vivait ici depuis une éternité
Deux ans comme un siècle outragé

Elle voulait que le monde, en quête
De belles histoires authentiques
Accepte sa démarche, sa requête
De partager ma vie, mes reliques

Elle voulait que je puisse encore
Contempler toute cette diversité 
Ces merveilles comme des corps
De femmes rayonnantes de beauté

Vous êtes restés longuement
Suspendus à mes branches
Objets insolites à mon firmament 
Et un jour ayant pris sa revanche

Mon ange vous a enfin libérés
Pour que comme ses messagers
Vous alliez de l'Alaska au Ténéré
Chanter cette chanson pour la partager.

Vous vouliez donc m'abattre
Mais face à tant d'amour 
Vous avez détruit l'âtre
Qui m'attendait pour toujours



NOTE DE L'AUTEUR:

"J'ai écrit cette chanson en m'inspirant d'un reportage que j'ai vu à la télévision dans lequel on voyait une jeune femme enlacer un séquoia au sommet duquel elle avait vécu durant deux ans. Des gens de son village lui apportaient à manger et cette femme n'est descendue définitivement de son arbre que lorsqu'elle a appris que finalement les autorités locales ne le détruiraient pas ainsi que d'autres séquoias aux alentours.

On peut penser que cette femme était un peu folle mais si ce genre de folie au fond bien sympathique peut aboutir à ce que l'on épargne la nature, alors nous devrions toutes et tous monter au sommet d'un arbre pour crier notre inquiétude quant au sort que l'homme dit sensé réserve trop souvent à notre planète ! "

Ils ont interprété la chanson:

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Parution initiale:

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