Voici quelques trompettes pour la renommée D'un gorille à la mauvaise réputation Un modeste bonhomme, chanteur du temps passé Un joueur de flûteau chassant les papillons Sur la route aux chansons, cet oiseau de passage A semé des marguerites et des myosotis Qu'il offrait en ballades, espérant par les âges Qu'elles rejoignent les belles dames du temps jadis Partout, à Carcassone, même à Montélimar Sur la rue Didot, dans le verger du roi Louis Sur les bancs publics, les amoureux à guitare Ils chantent ses blasons à leurs petites amies À l'ombre des maris, l'ancêtre un peu voyou Nous a tout raconté de ses amours d'antan Pénélope, Fernande et la fille à cent sous Des marquises, des passantes, des femmes d'agents Des Vénus callipyges, des tondues, des traîtresses Mélanie, Marinette et la brave Margot Des championnes de ricochets et des maîtresses D'école, Colombine, Mireille et son chapeau Des nymphomanes, des cousines de sept ans La belle Hélène et ses sabots, Jeanne Martin Des religieuses, des sceptiques, des revenants Des princesses méchantes avec de jolis seins Jeanne, Bécassine, la liste est infinie Ce roi moyenâgeux, combien il en a mis Des cornes d'aurochs au front des croquants cocus Hector n'a plus sa femme, ses deux oncles non plus Au bois de son coeur, il a aussi vu des casseuses Devant lesquelles il s'était fait tout petit N'oublions pas celle restée pucelle, l'heureuse La première qu'il a eue sous son parapluie Parmi tous ces romans d'amour de quatre sous Pas de marches nuptiales, très peu d'amour heureux Que des non-demandes en mariage et surtout Quatre-vingt-quinze pour cent de délice scabreux Heureux qui comme Ulysse a connu la marine La ballade à la lune au vent des Pyrénées Si seulement elle était jolie la coquine Il ne se contenterait pas de la fesser C'est vrai ce bricoleur est de la mauvaise herbe Oui, mais Dieu s'il existe ou encore l'antéchrist Sauf le respect que je leur dois, admirent le verbe De Georges et le chantent aux pêcheurs qui les visitent C'est faire concurrence déloyale aux anges De chanter à ceux qui sont morts pour des idées " La ronde des jurons ", " Le pluriel ", " La légende de la nonne ", ça les fait paraître démodés Tel Gastibelza chantant des pensées aux morts Le bon petit Jésus fredonne " Les lilas " " Tempête dans un bénitier ", mais pire encore In petto " Ce n'est pas tout d'être mon papa " Au boulevard du temps qui passe, c'est un orage Appelé par Saturne, ce mécréant encore Qui lui a fait passer le pont bien avant l'âge Honte à qui peut chanter, maintenant qu'il est mort Cette fois-ci les quat'z'arts ne se sont pas moqués Il ne la fera pas la guerre de 14-18 Il n'était pas fantoche son bulletin de santé Comme sa mère qui a pris le 22 la fuite Comme il en fit dans son testament la supplique Sur la plage de Sète, on lit son épitaphe " Misogynie à part, c'était un brave type Pas du tout enculé, tout à fait pornographe " À ses funérailles, dans le style d'antan À part les fossoyeurs, tout le monde affligé Tonton Nestor, le vieux Léon ce Don Juan Même le pauvre Martin qui a mal tourné Tous étaient là, pleurant à l'ombre des grands chênes Des patriotes, des grands-pères orphelins Les yeux mouillés par l'eau de la claire fontaine Des pères Noël, des petites filles, des philistins Comme des épaves, les quatre bacheliers Chantaient tout bas " La ballade des cimetières " L'oncle Archibald appuyé contre un amandier En bon fantôme lui adressait des prières Des lèche-cocus, rois boiteux à l'andropause Un vieux Normand, son frère revenant d'Italie Un cambrioleur avec une bouteille, une rose Tristement chantent " À l'ombre du coeur de ma mie " De partout, les gens qui étaient nés quelque part Buveurs de vin entre l'Espagne et l'Italie Dans les bistrots, les légions de copains d'abord S'embrassaient tous et unissaient leurs litanies On criait à l'hécatombe, à l'assassinat Les mauvais sujets repentis comme des soeurs Entonnaient " La complainte des filles de joie " On lui aurait bien donné la légion d'honneur Même la cane de Jeanne et le petit cheval Les moutons de Panurge avec les rats de cave La fourmi de Clairette et une vache pas banale Déguisée en fleur chantaient " Quand les cons sont braves " Si le grand Pan ou le bon Dieu l'avait voulu En trompe-la-mort, il chanterait pour l'Auvergnat Encore, mais Cupidon s'en fout, ce faux cul Ah! sale petit bonhomme, putain de toi C'est comme hier, le temps ne fait rien à l'affaire Le passéiste est toujours auprès de son arbre Son oeuvre n'est pas une histoire de faussaire Il n'y a rien à jeter, pas de châteaux de sable Le jour où l'on me chantera la messe au pendu Je dirai merde à ceux qui ne pensent pas comme nous Je quitterai ce monde comme Jehan l'advenu Et Georges, je prendrai rendez-vous avec vous