Si près de la nature Même s'ils sont des durs Ils ont des âmes tendres Perdus dans les grands bois À l'écho de leurs voix Souvent, ils croient entendre Un appel de la muse Et alors ils s'amusent À rimer dans le vent Leurs souvenirs d'enfants Même si leur langage N'est pas toujours très sage Nos bûcherons, nos bûcherons ont des âmes de poètes Se levant le matin Avec l'odeur des pins Le chant de l'alouette Ils affilent leur hache Avec dans la moustache Une petite chansonnette Et tombent les érables Mais le plus misérable Ce n'est peut-être pas Celui que l'on abat Car à chaque coup de hache Un bon bûcheron s'arrache Une larme, une larme, une larme de poète Lorsqu'ils reçoivent leurs gages Ils descendent au village Causer aux filles sages Au veston, une rose Ils récitent leur prose En buvant quelque chose La liqueur un peu forte Quand arrive minuit Les couches au pas des porte Mais comme dirait Lulli : " Au clair de la lune On dort bien sur la dune " Nos bûcherons, nos bûcherons ont des âmes de poète Puis, un jour, le corbeau Juché dans un bouleau Laisse tomber une plume Déjà quatre-vingt ans Comme ça passe vite le temps Et c'est un mauvais rhume Qui achève l'histoire De ceux qui ont bravé Le mystère et le noir Des forêts éloignées Ne laissant pour mémoire Que quelques mots sans gloire Mais qui tiennent de la raison Ah! Si nos poètes avaient des âmes de bûcherons