Après avoir rentré les chevaux Et puis accroché son chapeau Après avoir bourré sa pipe Et bien assis sur ses principes Gros Jos d'manda, c'tait pour savoir " Bertha, qu'est-c'qu'on mange à soir ? " Il entendit, déjà vorace : " À soir, il y a des beans à m'lasse ! " Ah ben ! Qui dit, des beans à m'lasse ! Si j'avais su, j'aurais amené J'aurais amené l'ami Horace Qui aime ça comme un damné À c'moment-là, la porte s'ouvrit : C'était l'ami Horace Qui dit : " J'viens d'sentir ça sur la place Y aurait-y pas des beans à m'lasse ? " Y s'était pas sitôt assis Que v'là pas l'curé aussi Qui se ramène en disant : " Est-ce que tout l'monde est bien portant ? J'passais pas là pis j'ai pensé : Y'a peut-être quelqu'un à confesser Pis, si j'me trompe pas, bondasse On dirait pas des beans à m'lasse ! " Après l'curé, ce fut l'maire Après l'maire, les échevins Le docteur et pis le notaire Et tout le village à la fin Maintenant, si vous passez le soir Devant chez Jos et que c'est tout noir Tout l'monde vous dira sur la place : " À soir, ils mangent des beans à m'lasse ! " Si jamais vous faites par hasard Des beans à m'lasse avec du lard Qu'il y a des voisins alentours Fermez les portes à double tours Ou bien invitez tout l'monde Les vieux, les jeunes et pis leurs blondes Et mettez-en, et mettez-en, et mettez-en C'est pas d'l'onguent !