Un enfant s'est noyé tout à l'heure Dans la rivière près de chez lui Est-ce Jean qui chante ou Jean qui pleure ? La rumeur veut que ce soit celui Que jamais nous n'avons vu sourire Même le premier jour du printemps Le soleil ne semblant pouvoir luire Dans son univers un seul instant Il allait souvent à la rivière Où près d'un saule tôt le matin Il cachait des trésors sous les pierres Et rêvait d'un rivage lointain Partageant sa tristesse profonde Avec les vers et les escargots Cependant que son frère à la ronde Fredonnait son bonheur en écho Quand il est entré dans le silence La folie du courant dangereux En échappant à sa vigilance L'avait déjà saisi dans son creux Il tomba d'un pays sans merveilles Dans un tourbillon d'obscurité Résonnaient au fond de ses oreilles Les murmures de l'éternité Repêché par un homme-grenouille Il fut porté vers un fourgon bleu À sa main pendait une quenouille Du sang tachait ses cheveux sableux Le soleil avait enfin pu luire Par-delà les ombrages du temps Sur ses lèvres brillait un sourire Immobile insondable éclatant L'eau qui glisse dans ce paysage Ne peut dire en frôlant les rochers Ce qui se passe sur le visage De celui qui vient de s'approcher Est-ce Jean qui chante ou Jean qui pleure Auprès de son pareil sous la pluie ? Un enfant s'est noyé tout à l'heure Dans la rivière près de chez lui