Moi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide J'en ai deux : Georges et Jeanne; et je prends l'un pour guide Et l'autre pour lumière, et j'accours à leur voix Vu que Georges a deux ans et que Jeanne a dix mois Leurs essais d'exister sont divinement gauches On croit, dans leur parole où tremblent des ébauches Voir un reste du ciel qui se dissipe et fuit Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit Moi dont le destin pâle et froid se décolore J'ai l'attendrissement de dire : Ils sont l'aurore C'est le langage vague et lumineux des êtres Nouveaux-nés, que la vie attire à sa fenêtre Et qui, devant avril, éperdus, hésitants Bourdonnent à la vitre immense du printemps Ces mots mystérieux que Jeanne dit à Georges C'est l'idylle du cygne avec le rouge-gorge Ce sont les questions que les abeilles font Et que le lys naïf pose au moineau profond Ò Jeanne ! Georges ! Voix dont j'ai le coeur saisi! Si les astres chantaient, ils bégaieraient ainsi Leur front tourné vers nous nous éclaire et nous dore Oh ! D'où venez-vous donc, inconnus qu'on adore ? Jeanne a l'air étonné; Georges a les yeux hardis Ils trébuchent, encore ivre du paradis