Un jour, maigre et sentant un royal appétit Un singe d'une peau de tigre se vêtit Le tigre avait été méchant, lui fut atroce Il avait endossé le droit d'être féroce Il se mit à grincer des dents, criant : Je suis Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits ! Il s'embusqua, brigand des bois, dans les épines Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines Égorgea les passants, dévasta la forêt Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait Il vivait dans un antre, entouré de carnage Chacun, voyant la peau, croyait au personnage Il s'écriait, poussant d'affreux rugissements : Regardez, ma caverne est pleine d'ossements Devant moi tout recule et frémit, tout émigre Tout tremble; admirez-moi, voyez, je suis un tigre ! Les bêtes l'admiraient, et fuyaient à grands pas Un belluaire vint, le saisit dans ses bras Déchira cette peau comme on déchire un linge Mis à nu ce vainqueur, et dit : tu n'es qu'un singe ! Tu n'es qu'un singe ! Tu n'es qu'un singe !