Deux oeufs, deux rôties

(Ode à mon père)

Paroles et musique : Yvan Pion.
2001
© Maison Momo

J'ai dans la mémoire le regard d'un enfant
Un peu étranger à tes vrais sentiments
Quand tôt le matin tu partais travailler
Pour rev'nir fatigué sous le soleil éteint
Ça t'a pris du coeur pour pas tout lâcher
Fallait qu'tu t'accroches à tes vacances d'été
T'en as fait des heures sans trop y penser
Pour les p'tites douceurs après tes journées

Deux oeufs, deux rôties, ton café, c'est parti
Quarante ans de ta vie dans le bruit, la poussière
Usine rue Beaudry, à tordre le fer
En étouffant ton cri, à suer comme en enfer
Pour payer tes rêves

J'ai encore en moi mes yeux d'adolescent
Qui se moquaient bien de tes vrais sentiments
Quand pour tout pour rien il fallait qu'on s'engueule
J'm'enfermais tout seul pour chialer dans mon coin
Ça t'a pris du coeur pour pas tout casser
Fallait qu'tu t'accroches à ta bien-aimée
Quand tes enfants d'choeur ont voulu s'affirmer
T'as connu la froideur de n'être qu'un étranger

Deux oeufs, deux rôties, ton café, c'est parti
Quarante ans de ta vie dans le bruit, la poussière
Usine rue Beaudry, à tordre le fer
En étouffant ton cri, à suer comme en enfer
Pour payer tes rêves

Maintenant je porte en moi le regard d'un parent
Qui s'en fait pour des riens à propos des enfants
Qui tombent et se blessent, qui toussent et qui pleurent
Qui trouvent leur bonheur dans nos p'tites promesses
Et ça prend du coeur pour tenir parole
Faut bien que j'm'accroche à toi mon idole
T'étais le meilleur mais j'pouvais pas te l'dire
Malgré tes sautes d'humeur, là, on peut bien en rire

Deux oeufs, deux rôties, ton café, c'est fini
Soixante ans de partis, j'espère que t'as la chance
De jouir de tes vacances



Ils ont interprété la chanson:

Yvan Pion (2001).

Parution initiale:

Maison d'Yvan Pion (2001, Boulevard Musique, BLM21417).