J'ai dans la mémoire le regard d'un enfant Un peu étranger à tes vrais sentiments Quand tôt le matin tu partais travailler Pour rev'nir fatigué sous le soleil éteint Ça t'a pris du coeur pour pas tout lâcher Fallait qu'tu t'accroches à tes vacances d'été T'en as fait des heures sans trop y penser Pour les p'tites douceurs après tes journées Deux oeufs, deux rôties, ton café, c'est parti Quarante ans de ta vie dans le bruit, la poussière Usine rue Beaudry, à tordre le fer En étouffant ton cri, à suer comme en enfer Pour payer tes rêves J'ai encore en moi mes yeux d'adolescent Qui se moquaient bien de tes vrais sentiments Quand pour tout pour rien il fallait qu'on s'engueule J'm'enfermais tout seul pour chialer dans mon coin Ça t'a pris du coeur pour pas tout casser Fallait qu'tu t'accroches à ta bien-aimée Quand tes enfants d'choeur ont voulu s'affirmer T'as connu la froideur de n'être qu'un étranger Deux oeufs, deux rôties, ton café, c'est parti Quarante ans de ta vie dans le bruit, la poussière Usine rue Beaudry, à tordre le fer En étouffant ton cri, à suer comme en enfer Pour payer tes rêves Maintenant je porte en moi le regard d'un parent Qui s'en fait pour des riens à propos des enfants Qui tombent et se blessent, qui toussent et qui pleurent Qui trouvent leur bonheur dans nos p'tites promesses Et ça prend du coeur pour tenir parole Faut bien que j'm'accroche à toi mon idole T'étais le meilleur mais j'pouvais pas te l'dire Malgré tes sautes d'humeur, là, on peut bien en rire Deux oeufs, deux rôties, ton café, c'est fini Soixante ans de partis, j'espère que t'as la chance De jouir de tes vacances