Depuis six mille ans la guerre Plaît aux peuples querelleurs Et Dieu perd son temps à faire Les étoiles et les fleurs Les carnages, les victoires Voilà notre grand amour Et les multitudes noires Ont pour grelot le tambour Notre bonheur est farouche C'est de dire : Allons ! Mourrons ! Et c'est d'avoir à la bouche La salive des clairons Et cela pour des altesses Qui, vous à peine enterrés Se feront des politesses Pendant que vous pourrirez Aucun peuple ne tolère Qu'un autre vive à ses côtés Et l'on souffle la colère Dans notre imbécillité Celui-ci, je le supprime Et m'en vais, le coeur serein Puisqu'il a commis le crime De naître à droite du Rhin On pourrait boire aux fontaines Prier dans l'ombre à genoux Aimer, songer sous les chênes Tuer son frère est plus doux On se hache, on se harponne On court par monts et par vaux L'épouvante se cramponne Du poing aux crins des chevaux Et l'aube est là sur la plaine ! Oh ! J'admire en vérité Qu'on puisse avoir de la haine Quand l'alouette a chanté Depuis six mille ans la guerre Plaît aux peuples querelleurs Et Dieu perd son temps à faire Les étoiles et les fleurs