Ma mère à l'accouch'ment M'a dit, le cordon ent' les dents : " Coupe court, c'est lamentable Hey, t'es pas né dans une étable ! Mon fils, rassures-toi Y'a peu de chanc' qu'on t'mette en croix Prends donc mon sein Mon sans-dessein Y'a qu'ça de sain ! Pis quand t'auras de l'affliction Trouv's-toi donc une consolation Mêm' si tu crèv's su' l'assistance Y va t'rester la dépendance " Pis a m'a dit : " Mon p'tit Ivan Tète souvent Après tout, le ciel entend pas les vomiss'ments ! " Ça fait que j'crains pas le rhum Plus que l'délirium Et pis mon père, homme avisé Ayant sur lui-même observé Les effets de l'intempérance Me formula ces remontrances : " Mon fiston tâte donc de la chair crue Et rue aux nues En goûtant au fruit défendu Pis l'tabou, c'est pas rebutant Lorsqu'il y a consentement Et pour peu que l'on s'y applique Il tient à l'écart des cliniques ! " Pis y m'a dit : " Mon p'tit étalon Vas-y à fond après tout, le ciel entend pas les henniss'ments ! " Ça fait que j'crains pas le rhum Plus que l'délirium Les ruad's des dame' ad nauseam ! Et pis ma soeur, c't héréditaire Faut toujours qu'à dis' le contraire Comm' les parents incite' au vice Elle voudrait donc que j'm'assagisse. Fait que " Mon frèr' " me dit-elle " Oublie les plaisirs sensuels Après tout, l'angoiss' ça se chant' mieux en chanson Fait qu' chant' ta destiné Chant' l'immortalité Pour une renommée posthume C'est mieux qu'les poupoun's qu'y s'parfument " Pis a m'a dit : " Mon p'tit frérot Travaille gros Après tout, le ciel entend pas les gémiss'ments ! " Ça fait que j'crains pas le rhum Plus que l'délirium Les ruades des dames Ad nauseam Non plus j'crains pas de défair' mes airs Jusqu'en enfer ! Et pis mon frère, un homme instruit M'a dit : " Ivy, si tu poursuis Un' carrière d'artiste, C'est sûr, tu vas t' fair' fourrer Par le premier des arrivistes Par la gestion capitaliste Pis chus pas doué Dans dilatation du pertuis! Laisse de côté ces lubies Y'a pas d'futur chez les conscrits Pour voir ton nom dans l'dictionnaire Deviens donc révolutionnaire. Lâche el crayon, mon Aragon Recycl's-toi dans bombe à neutron Et crains pas l'ciel, y est mort depuis longtemps Y est mort depuis le commenc'ment Ça fait que crains pas le rhum Plus que l'délirium Les ruades des dames Ad nauseam Non plus crains pas de défair' tes airs Jusqu'en enfer Mais tu peux pas êtr' populaire Et faire une oeuvre humanitaire, mon frère ! J'crains pas, non j'crains pas le rhum plus que l'délirium J'crains pas, non j'crains pas les ruades des dames ad nauseam, non plus J'crains pas, non j'crains pas D'défair' mes airs jusqu'en enfer Mêm' si j'peux pas êtr' populaire Et faire une oeuvre humanitaire !