La lune était sereine et jouait sur les flots La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise La sultane regarde, et la mer qui se brise Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare Elle écoute : un bruit sourd frappe les sourds échos Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos Battant l'archipel grec de sa rame tartare ? Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour Et coupent l'eau qui roule en perles sur leur aile ? Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle Et jette dans la mer les créneaux de la tour ? Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes? Ni le noir cormoran, sur la vague bercé Ni les pierres du mur; ni le bruit cadencé D'un lourd vaisseau rampant sur l'onde avec des rames Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots On verrait en sondant la mer qui les promène Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine La lune était sereine et jouait sur les flots