J'écoute nos chansons, mon Dieu quelle hécatombe Verlaine en sanglots longs, se retourne en sa tombe La logique flouée, la grammaire en douleur Rimbaud reste cloué aux poteaux de couleur Plus de faucille d'or dans le champs des étoiles Plus de vol de gerfauts hors du charnier natal Chansonette ma soeur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous futes laissé Poésie comme prose, vous êtes à déplorer Ronsard pleure sa rose, ce matin déflorée Des auteurs populaires renvoyés de l'école Bousculent Beaudelaire en confuses paroles Plus de vents alizés inclinant leurs antennes Fini les bois charmants qui jaunissaient à peines Chansonette ma soeur, oh quel mortel ennui Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui Nos vers aux rimes plates, nos histoires qui ennuyent Font honte aux Roubayat, aux mille et une nuits Quand sans cesse revient, ce refrain qui dérange Éluard en devient tout bleu comme une orange Plus d'azur de phospore dans la mer des tropiques De formes contemplées dans les champs pacifiques Chansonette ma soeur, de ce sang déplorable Je péris la dernière et la plus misérable