Celui qui cherchait l'écho

Paroles : Hugo Fleury.
Musique : Thierry Gateau.
Pomme Zed
2003
J'ai perdu quatre mauvais mots
Échappés bêtement dans le flot
Des seules paroles d'une journée
Quatre mots encore plus gros qu'mon nez
Que j'voudrais bien mettre au tombeau
Que j'voudrais bien mettre en bouteille
Avant qu'ils n'atteignent une oreille
Qu'les rumeurs s'éveillent et qu'on me prenne en faux

Or je dois retrouver l'Écho
Ce traître qui répand les maux
Mais le trouillard se cache on n'sait
Dans quel brouillard le chercher c'est
Comme dissocier le laid du beau
C'est plus simple de trouver Dieu
Que de bâillonner cet odieux 
Écho pernicieux, bavard incognito

Parfois je la nouerais
Parfois je la clouerais
Parfois je la couperais

Je l'avalerais pour la faire taire
J'la collerais sur un poteau d'fer, en hiver
J'la f'rais rev'nir aux p'tits oignons
Je l'échangerais contre du pognon
J'la laiss'rais sur un timbre-poste
J'la jett'rais dans l'bac à compost
J'l'oublierais dans la bouche d'une femme
Ma langue, j'lui f'rais des choses infâmes

J'ai cherché dans les caniveaux
Entre les montagnes et jusqu'aux
Fonds des lacs et des océans
J'ai vérifié chaque instrument
Pas le moindre soupçon d'écho
J'ai pensé qu'il s'était éteint
Ou qu'il se taisait à dessein
De me faire craquer, passer pour un idiot

À défaut de trouver l'Écho
J'ai rencontré quelques ragots
Et de vieux potins parvenus
Qui juraient ne pas avoir eu
Vent de mes fameux quatre mots
Mais les rumeurs allaient bon train
Voulant que je ne valais plus rien
Qu'j'avais égaré mes quatre derniers mots

Parfois je la nouerais
Parfois je la clouerais
Je la crucifierais

Je l'avalerais pour la faire taire
J'la collerais sur un poteau d'fer, en hiver
J'la f'rais rev'nir aux p'tits oignons
Je l'échangerais contre du pognon
J'la laiss'rais sur un timbre-poste
J'la jett'rais dans l'bac à compost
J'l'oublierais dans la bouche d'une femme
Ma langue, j'lui f'rais rendre les armes!

Parce qu'elle refuse de m'obéir
Mes dents s'usent à la retenir
Mon sourire cache un mal profond
Elle m'accuse de violer ses droits
Elle a des ruses qui me laisse coi
C'est la vipère dans le bouffon
Ma langue déteste le mensonge
Pour tout protocole elle s'allonge
Elle trahit fièrement nos secrets
Mais si j'hésite à la châtier
C'est qu'jamais elle n'ira lécher
Des culs dans quelconque intérêt

C'est à la une des journaux 
Que j'ai r'trouvé mes quatre mots
Sous ma photo, des mots sournois 
Mensongers, haineux de surcroît
Des gratuités, de vrais couteaux 
Quatre mots qu'j'avais moi-même crachés
Qu'l'auteur s'était appropriés 
M'étaient fatalement retournés
Comme un parfait effet d'écho



Ils ont interprété la chanson:

Polémil Bazar (2003).

Parution initiale:

Chants de mines de Polémil Bazar (2003, Pomme Zed, POZ 2202).