Dans le journal ce soir Tout était noir Et l'on ne parlait guère Que de la guerre L'avenir incertain Est un trop vieux refrain Pour que l'on s'abandonne À l'écho qu'il nous donne Là-bas dans les champs Se couche le jour Moi, je m'en vais auprès d'elle Les petits enfants Dorment dans les bourgs Moi, je m'en vais auprès d'elle J'ai le cœur léger Comme les clochers Qui sonnent déjà neuf heures Bientôt toute la ville Sera plus tranquille Berçant ses mille demeures Mais dans nos cœurs, jusqu'au matin La vie continuera son train Comme une fête de village pas très sage Où il y a monsieur le curé comme ça Même si tout l'monde est gai Les beaux galants ne sont jamais bien, bien méchants " Que vous êtes jolie ", dirais-je ridicule Avec mes vieilles formules " Ah! Mais vous aussi " me répondra-t-elle Et je rougirai comme une demoiselle Vous voyez comme c'est bête Je la croirai, me regarderai la tête Toute une journée Rêvant de cinéma La gloire et Riviera Mais mon coeur de vedette Que serait-il, fillette ? Non, j'aime mieux rester Un p'tit employé Oui, mais toujours auprès d'elle Mon p'tit salaire et de la misère Oui, mais toujours auprès d'elle Mes jours vieilliront Sans que la moisson Ne laisse un temps de relâche Pour les pauvres gens Ce n'est autrement Peut-être, mais après la tâche Pour couronner nos têtes blanches Y'aura la joie des beaux dimanches Où l'avenir viendra chanter dans la maison Avec ses gamins, ses gamines Faisant résonner leurs bottines Comme pour les rois résonnent les carillons Si la vie le veut Nous serons heureux Jusqu'au bout de la chandelle Mais si avant moi Elle quitte tout ça Je saurai monter l'échelle Pour toujours Toujours être auprès d'elle