Imagine dans les années trente Ces années folles qu'on disait Dans une ville où tout s'impatiente Sous un soleil démesuré Un jeune homme avec son courage Sa valise en papier mâché Qui aurait traversé à la nage Cette mer Méditerranée Y'avait pas de p'tits beurs en rabe Ni de raï, ni de beaux rapeurs L'heure était d'être un sale arabe Et de faire un sale labeur Dans cette ville de Marseille Dans les années trente imagine Espérant une vie nouvelle Un jeune homme de Constantine Tellement beau et tellement seul Dans cette Marseille sanguine Où les filles faisaient la gueule Dans les années trente imagine Imagine dans les années trente Ces années que l'on disait folles Dans un' ville que l'on dit violente Sous le ciel de Marcel Pagnol Une jeune femme avec ses diplômes Qui donne des cours de français À cet étrange et beau jeune homme La suite à toi de l'imaginer Te marie pas avec l'Arabe C'était le voeu de la famille On était loin des années bab' Et tellement loin de l'an deux mille Ils le firent leur mariage Et n'eurent pas un seul enfant Monsieur et Madame Rebbadj S'aimèrent plus de cinquante cinq ans Tellement beaux mais tellement seuls Dans cette Marseille sanguine Où le monde faisait la gueule Dans les années trente imagine La vie ne les a séparés Que par la mort pour dix-sept jours La fosse commune sans l'faire exprès Les a réunis pour toujours C'était Bobby, c'était Nenette C'était mon oncle, c'était ma tante C'était Amar et Antoinette Imagine dans les années trente Tellement beaux et tellement vrais Dans ce Marseille de l'Alcazar Que tout le monde les aimait C'était Antoinette et Amar (bis)