Le Parolier rencontre...
Réal V. Benoît

Première partie : Les débuts en Abitibi




Le Parolier : Vous êtes originaire de l'Abitibi. Parlez-moi de votre jeunesse et de vos rêves.

Réal V. Benoît : Je suis effectivement originaire de l'Abitibi. De Rouyn-Noranda, plus précisément, ville minière où j'ai passé sans histoire les trente premières années de ma vie, avant de partir à l'aventure à travers le Canada.

Ma jeunesse fut tout à fait commune, il n'y a presque rien à signaler. Je n'ai pas tellement de souvenirs de celle-ci. J'ai suivi un cours commercial à l'école Mazenod de Rouyn. Pourquoi ? Parce que c'était l'école la plus proche de chez-moi. Après la graduation, j'ai été à la mine avec mon père et j'y travaille toujours. J'avais quelques amis que je pouvais compter sur les doigts d'une seule main et avec lesquels je suis toujours en contact. J'étais plutôt renfermé, solitaire et timide, pas sportif pour un sous, ni chasseur, ni pêcheur. Je me suis marié avec la plus belle fille de la ville à l'âge de vingt ans et nous avons eu une enfant, Nathalie.


L.P. : Quelles étaient vos influences ?

R.V.B. : J'étais un amateur de chansons à textes. Très jeune, j'ai été fasciné par la force des mots et du pouvoir qu'ils pouvaient générer. Je fus frappé par ce que pouvaient faire des compositeurs comme Johnny Cash, Bob Dylan et Georges Brassens. J'écoutais leurs chansons à répétitions avec mes amis Claude et Ronald. Je me disais : " Maudit que j'aimerais être un jour comme eux ! ". Et cette pensée ne m'a jamais quittée et ce, tout au long de ma vie. Un jour, je m'y suis mis et je dois avouer très humblement que ce n'était pas si mal puisque quelques-unes de mes premières chansons ont été endisquées.

L.P. : Contrairement à la majorité des auteurs-compositeurs, vous avez débuté l'écriture de vos chansons tardivement, soit vers l'âge de vingt ans. Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire ?

R.V.B. : J'ai effectivement commencé à écrire autour de ma vingtième année, soit après mon mariage et m'être installé dans la routine de la vie. Je travaillais à la mine et j'avais beaucoup de temps libre. Mes confrères jouaient aux cartes et moi, j'en profitais pour écrire. J'avais toujours sur moi un crayon et du papier. Je ne laissais jamais passer une seule idée de chanson et cette habitude, je l'ai conservée.



L.P. : Auparavant, la chanson ne vous intéressait pas ?

R.V.B. : La chanson à texte m'a toujours intéressée et attirée. Je me souviens qu'avec mon ami Claude, nous avions constaté que tout le monde traduisait les chansons anglaises, que nous consommions comme des colonisés, sans nous poser trop de questions. Il m'avait dit : "Pourquoi ne pourrions-nous pas écrire des chansons comme ça en français ?" J'ai été fortement encouragé à l'époque par mon entourage et surtout par mon partenaire, Jean-Luc, à qui je racontais mes textes qui parlaient du quotidien.

L.P. : Suite au début d'écriture de vos chansons et de l'encouragement de votre entourage, vous faites quelques essais timides de contacts à l'extérieur de la région. Parlez-moi de ces premiers essais.

R.V.B. : J'avais trouvé une liste des douze imprésarios les plus populaires du Québec. Je les ai contacté les uns après les autres en leur faisant parvenir deux bobines de sept pouces qui contenaient 25 à 30 chansons. Je ne me suis même pas rendu à la fin de ma liste, car au sixième ou septième envoi, j'ai reçu une invitation pour aller à Montréal. BINGO ! J'ai suivi cet imprésario aveuglément, croyant que j'étais parti pour la gloire ! Mais dès le départ, j'ai perdu tout contrôle sur ma carrière. Il n'y avait aucune structure, aucun plan à court ou moyen terme, aucune vision, absolument rien. On courait derrière les événements qui se précipitaient en essayant de faire de notre mieux.


L.P. : À cette époque, aviez-vous débuté l'interprétation de vos chansons sur scène ?

R.V.B. : Oui. Je me rappelle très clairement de mon tout premier spectacle. Ça se passait à la toute nouvelle école Polyvalente d'Iberville à Rouyn, à deux pas où j'habitais. Un des étudiants de l'école avait entendu parler de moi... je ne sais comment. Il me contacta, insista et j'ai accepté. Je me suis présenté sur scène et j'ai commencé mon répertoire. Ma fille, Nathalie, qui était âgée de cinq ou six ans, est montée sur la scène avec moi pour y rester durant tout le spectacle. J'ai été chaleureusement accueilli et je me souviens que le maître de cérémonie avait insisté sur le fait que j'étais un auteur-compositeur et interprète. J'ai alors ressenti qu'un auteur... c'était différent, peu commun et plus important. J'avais fait la fermeture du spectacle sans savoir qu'il était important d'être le dernier. Je m'en suis rendu compte plus tard lors d'un spectacle de la Saint-Jean-Baptiste, Pauline Julien et Jacques Michel s'obstinaient pour savoir qui fermerait le spectacle !