Le Parolier rencontre...
Maryse Letarte

Cinquième partie : À travers les chansons




JE SUIS DOWN :

C'est la traduction de "Her nervous breakdowns" qui était une composition que j'ai faite à l'école, à Los Angeles. Je commençais à écrire en anglais. En anglais, je parle à la troisième personne "her" et en français au "je" - "Je suis down". C'est une traduction... je n'aurais probablement jamais écrit "Je suis down" si je n'avais pas commencé par écrire cette chanson en anglais qui raconte l'histoire d'une personne névrosée. Ce n'est pas moi, c'est la traduction d'un personnage. Dans le fond, c'est probablement pour ça que je me suis déguisée et que je me suis présentée comme un personnage...



PARALYSÉE À HOLLYWOOD :

Cette chanson parle de la dépendance à la télévision. Hollywood est une métaphore et non la ville comme tel. C'est le cinéma et le médium de la télévision. Paralysée dans le sens d'incapable de penser par soi-même, incapable de bouger, de faire autre chose lorsque je me mets à écouter la télé. C'est une chanson dans laquelle j'exagère un peu pour mieux exprimer ce que je ressens face à la télévision, que je regarde trop.

Je lisais récemment un article dans la Presse qui soulevait le fait que la télévision était possiblement une drogue aussi dure que bien des drogues dont on peut devenir dépendant. Ils donnaient la définition de ce qu'est une dépendance et ça correspondait exactement à ce que quelqu'un peut vivre par rapport à la télévision, c'est-à-dire qu'on ne peut pas arrêter notre consommation de télévision sans en subir certains effets néfastes; on ressent un manque lorsqu'on s'oblige à ne pas en consommer; on cultive une relation d'amour-haine face à celle-ci; on l'adore; on a l'impression que ça nous détend; on en ressent des remords... de la culpabilité... j'ai trouvé ça intéressant de voir que je n'étais pas toute seule à penser ça.

CLONES :

J'ai écrit une partie de la chanson pendant la crise du verglas en janvier 1998. C'est à peu près tout ce que j'ai pu faire de constructif pendant la crise ! (Rires) C'était une belle occasion d'observer le comportement des gens entre eux alors qu'ils étaient obligés à vivre très près les uns des autres. C'est un ramassis de quelques observations qui a inspiré la chanson...

La chanson a été complétée plus tard... Un texte que j'ai lu au sujet d'une étudiante canadienne qui s'était fait battre à mort par ses amies. Les adolescentes qui subissaient leurs procès... je n'en revenais pas. C'est facile de se dire : "C'est inconcevable qu'on fasse sauter des autobus ou qu'on mette des bombes sous les autos pour tuer des gens. Ces gens-là sont comme ceci ou comme cela..." On a de la misère à imaginer ça parce que l'on ne voit pas ça ici. Mais, moi je me dis, vois-tu la haine de la différence de l'autre comment elle est vécue ici ? C'est pareil. Seulement d'autres moyens. L'incompréhension de l'autre, c'est la même que l'on vit d'une culture à l'autre. Il y a des sentiments de base qui font qu'on se ressemble énormément et un de ces sentiments-là est le fait qu'on a de la misère à accepter que l'autre soit différent. "Clones" a été bâtie sur cette contradiction-là.

JACO :

C'est quelques histoires mises ensemble. Un jour, un proche m'a dit : "Voyons, fait une femme de toi !". Ça a été un élément déclencheur. C'est vrai qu'on se dit souvent ça...

Ça m'a fait penser à ces hommes qui veulent faire une femme d'eux... Imagine le courage que ça leur prend. Alors je ne devrais pas avoir le droit d'en manquer, moi. J'ai vu un reportage à la télévision sur des hommes qui étaient devenus des femmes. Il y avait entre autres un policier qui a réussi à se faire accepter de son milieu. C'était tellement émouvant de voir cet homme devenir une policière et surtout de voir la réaction de ses collègues qui passaient par-dessus ça et lui donnaient l'approbation dont il avait tant besoin.

J'ai aussi fait le lien avec quelqu'un que je connais dont on a abusé pendant longtemps.

Bref, une chanson sur le courage.



FRANKIE :

Ça s'adresse à un être cher à qui j'ai besoin de dire qu'il a beaucoup de valeur, qu'il n'a pas à prouver quoique ce soit. Ça parle du même coup de matérialisme. C'est juste pour se faire aimer ou pour se rassurer qu'on a besoin de s'entourer d'un paquet d'objets et de posséder un paquet d'affaires. C'est souvent pour se valoriser. Pourquoi a-t-on besoin de se valoriser à ce point-là et de s'enrichir à ce point-là ? Je pense qu'on court après l'acceptation des gens, après l'amour des gens.

CÈDE :

Cette chanson parle de la pression qu'on peut subir de notre entourage pour faire bonne figure, pour performer. Je crois que notre société est programmée pour ça... Pourtant il y a des peuples qui ne connaissent même pas ça la course à la réussite, qui ne sont pas pressés... On oublie qu'il n'y a rien qui dit qu'on est supposé "fitter" dans ce système-là. Oui, c'est vrai que les gens sont portés à ce moment-là à pointer du doigt et dire : "Ah, ce sont des paresseux. C'est pour ça leur mauvais sort, c'est pour ça qu'ils sont pauvres...". Y'a des gens riches qui deviennent clochards, qui "fittent" pas dans le système. La chanson parle d'un jeune adulte qui a de la misère à se trouver parce qu'il se met trop de pression et ça nous vient de l'entourage et du système en général qui veut qu'on soit le plus "hot" possible pis qu'on figure le mieux possible. Mais à force de se mettre de la pression comme ça, on craque ! La chanson dit de plutôt faire comme le roseau et de laisser passer ça, de lâcher prise.

SI TU M'AIMAIS POUR VRAI :

On vit souvent pour des projets futurs et on se dit : "Quand je vais avoir ça, ça va mieux aller." Puis dans le fond, pas besoin de se rendre à 90 ans pour se rendre compte que ça va être de même toute notre vie ! Parce que lorsque l'on a cette fameuse affaire-là, ça nous en prend une autre ! La vie, c'est le chemin pour se rendre au but et non le but comme tel. Il faut apprécier chacun des moments. Oui, il faut avoir des buts, avoir des ambitions mais le jour que tu vis est aussi important que le jour Z, sinon même plus. Des fois les buts que l'on se fixe ne sont pas toujours très nobles. Le chemin est d'autant plus important à ce moment-là.



OCCUPE-TOI DE CONDUIRE TON CHAR À TOI :

Une chanson sur l'affirmation de soi. On peut faire un lien avec "J'm'en vais faire une femme de moi" (Jaco). Un moment donné, tu en as ras-le-bol de te faire dire : "Tu devrais faire ceci, tu devrais faire cela". J'ai donc écrit une chanson qui s'adresse à tous ceux qui se mêlent trop de mes affaires et dans laquelle je dis que je suis tannée des suggestions. C'est tellement facile de dire aux autres quoi faire. Ça vient bien souvent de bonnes intentions. Mais des fois c'est nuisible. Alors je crois qu'il faut savoir dire c'est assez ! Il faut arrêter d'écouter gentiment les conseils de tout le monde sinon on se perd. En spectacle, je présente cette chanson en faisant une pointe aux Américains. Quand quelqu'un se mêlait de ce qui ne le regarde pas, ma mère disait : "Sais-tu comment les américains sont devenus riches ? En se mêlant de leurs affaires !" Difficile d'imaginer que ça a déjà été vrai ! Aujourd'hui il vaudrait mieux qu'elle dise "Occupe-toi de conduire ton char à toi".