Le Parolier rencontre...
Maryse Letarte

Deuxième partie : Les débuts




Le Parolier : Avant votre départ pour Los Angeles vers 1990, vous étiez aux études. Quelle était votre orientation ? Pensiez-vous faire une carrière en musique ?

Maryse Letarte : Oui. Mais ce n'était pas clair dans quelle spécialité. Je venais d'effectuer le changement entre l'interprétation en piano classique et la composition. Je n'avais encore jamais pris au sérieux ce que j'écrivais, c'était plus un passe-temps, un défoulement. Avant d'opter pour la composition, j'étais à l'université et j'étudiais le piano classique avec Marc Durand l'ancien professeur de Louis Lortie. C'est en discutant avec Marc, qui est très ouvert d'esprit, et en lui apportant justement des cassettes de Kate Bush afin de partager avec lui ma passion pour cette musique, que j'ai réalisé que je ne voulais pas devenir concertiste. Et que si je désirais devenir auteure-compositeure-interprète, il était temps de changer mon orientation. Marc Durand disait: "Tu te spécialises d'abord dans un domaine bien précis de la musique et après tu peux faire tout ce que tu veux". Donc, après un an de cours avec Marc, j'ai laissé l'Université McGill et j'ai décidé de poursuivre ma formation en ce qu'il y avait de plus proche, au Québec, du métier que je voulais faire. C'était un cours de composition et d'arrangements pour Big Band Jazz. C'était encore très loin du métier d'auteur-compositeur, mais c'est tout ce qu'il y avait à cette époque au Québec. C'est là que je me suis mise à composer sérieusement. C'était un cours orienté sur les arrangements. À chaque semaine, on apportait une composition ou un arrangement, on faisait des partitions et on les faisait jouer par le Big Band. On avait immédiatement le résultat ! Ce fut une façon extraordinaire d'apprendre mon métier. Ce cours se donnait au Cégep St-Laurent.

Puis j'ai trouvé une école privée à Los Angeles qui se nomme la "Grove School of Music" qui offrait le "Songwriting program" dans lequel il se donnait des cours d'écriture et tout un tas d'autres cours qui semblaient très intéressants et très utiles au métier d'auteur-compositeur-interprète. Je m'y suis inscrite. C'était un cours de douze mois intensifs. Nous écrivions une chanson par semaine... en anglais.


L.P. : Écrire en anglais ne devait pas être aussi facile que d'écrire en français...

M.L. : En anglais j'avais un style qui était beaucoup moins personnel. J'étais plus portée à raconter les histoires des autres. Et c'était plus facile d'éviter le piège de l'auto-censure, étant donné que j'écrivais dans une langue qui n'était pas la mienne. Dans sa propre langue, il est facile de s'auto-censurer et de se dire : "Ah non, il vont penser ceci ou cela". Ça a été le fun aussi au niveau de la structure, au niveau musical. J'ai travaillé beaucoup là-bas et ce que j'y ai particulièrement découvert, c'est le studio. Il y avait des cours d'ingénierie où des étudiants dans ce domaine recherchaient des projets à enregistrer. Et à l'inverse, les auteurs-compositeurs-interprètes comme moi cherchaient des heures de studio et des ingénieurs pour les enregistrer. Le studio de l'école était bien équipé et tout à fait gratuit et c'est ce qui m'a permis de faire plein de démos et aussi d'observer le fonctionnement d'un studio d'enregistrement.

Par la suite, je me suis équipée de mon propre petit studio à la maison et je suis devenue autonome. J'ai pu à la fois composer, écrire, réaliser, enregistrer et interpréter... je pouvais partir de rien et avoir une chanson enregistrée à la fin de la journée ! Et là, je me suis mise à m'amuser comme une folle.



Démo-clip
L.P. : Et au retour au Québec ?

M.L. : À mon retour, j'ai fait "Démo-clip" (Musique Plus) avec un démo que j'avais produit à Los Angeles, "Her nervous breakdowns". Dès mon retour, je me suis mise à écrire en français et avec ces chansons, je me suis inscrite au Festival de la Chanson de Granby.

L.P. : Comment a été le Festival ?

M.L. : J'ai gagné le prix de la meilleure chanson. Un producteur m'a par la suite approchée et j'ai signé un contrat de disque. J'ai sorti mon album "Rita-Rita" un an après. J'avais fait le festival sous mon vrai nom mais la compagnie de disque préférait que je reprenne le pseudonyme de "Rita-Rita" . J'avais adopté ce pseudonyme aux États-Unis car mon nom était imprononçable pour les américains. Rita-Rita, ce sont tout simplement des syllables de mon vrai nom.