Le Parolier rencontre...
Maryse Letarte

Première partie : La naissance d'une passion



Maryse et son frère Jean-François


Le Parolier : Quel a été votre premier contact avec le monde musical ?

Maryse Letarte : Ma mère faisait de la suppléance à l'école, elle était enseignante et je me faisais garder par ma grand-mère maternelle. Je passais donc mes journées avec ma grand-mère. Au début, elle jouait du piano et moi je courais autour de la table du salon jusqu'à ce qu'un jour je dise : "Moi aussi je veux faire pareil !". Et c'est là qu'elle m'a initiée à cet instrument. J'avais trois ans. Ça n'a pas été long qu'on s'est mis à jouer des petits duos ensemble, nous jouions surtout des thèmes de films comme "Love Story", "Lara's theme" ou le "Docteur Zhivago". Après ça, j'ai commencé à étudier le piano... vers l'âge de cinq ou six ans, avec les religieuses. Ma grand-mère n'avait pas de formation classique, elle avait tout appris par elle-même.

L.P. : Votre grand-mère était la seule musicienne au sein de votre famille ?

M.L. : Oui. Mon frère a commencé à jouer du violon très jeune mais il n'aimait pas ça et il a arrêté. Mes parents auraient aimé que j'apprenne moi aussi le violon et j'ai donc hérité du premier petit violon de mon frère, qui a trois ans de plus que moi. J'ai fait quelques mois mais j'étais brusque avec l'instrument et mes parents ont cru que ce n'était finalement pas un bon investissement ! (rires) J'insistais toujours pour jouer du piano, c'était vraiment mon instrument préféré. Lorsque nous allions en visite chez des gens qui possédaient un piano, j'étais toujours la première à me lancer sur l'instrument !

L.P. : Alors, c'est par goût que vous avez étudié la musique classique dès votre jeune âge ! Vous avez fait des concerts je crois ?

M.L. : À l'âge de sept ans j'ai fait mon premier concert solo, le public était principalement composé de religieuses ! J'étais une attraction car j'étais toute petite et que j'interprétais des pièces assez difficiles. C'est évident que lorsqu'on commence très jeune, ça peut avoir l'air très vite impressionnant ! Finalement, c'est seulement parce qu'on commence avant le temps... Ce n'est peut-être pas ce qu'il y a de mieux à faire que de commencer trop jeune... Mais bon... mes parents ont craqué sous mes pressions. (rires)

L.P. : Vos cours de musique n'étaient donc pas forcés par vos parents, c'est une passion qui est née tôt dans votre vie.

M.L. : Oui ! On m' a raconté que toute jeune j'avais été au Ciné-Parc voir "The sound of music" avec ma famille. Et bien que je m'étais endormie pendant le générique du début, le lendemain matin, je suis descendue au piano jouer les thèmes des chansons du film ! Ça ne se peut pas tellement !!! (rires) Je devais avoir l'air de dormir, mais en fait... j'écoutais. Chose certaine, ce film m'a beaucoup marquée. C'est le genre de film qui passe à tous les ans et que j'écoute encore. J'ignore quel âge j'avais la première fois que je l'ai vu, mais c'était avant que je commence à suivre des cours de piano... je devais avoir quatre ans.

L.P. : Quel genre d'enfance avez-vous vécue ? Quels étaient vos centres d'intérêts ?

M.L. : J'ai fait beaucoup de gymnastique, je suis de l'époque Nadia Comaneci, je n'y ai pas échappé ! J'ai fait "Les Voltigeurs" à St-Hyacinthe, c'était une équipe de gymnastes. Pour ça aussi, j'avais achalé mes parents ! Mon père aussi était enseignant, et par l'entremise du prof de gym de l'école où il enseignait, il s'est procuré un gros matelas professionnel qu'on a installé dans le sous-sol de la maison. Je pouvais vraiment me prendre pour Nadia ! (rires) Mais lorsque j'ai atteint un certain niveau, mon père m'a dit : "Il faut faire un choix car la gymnastique c'est dangereux pour les mains". Il ne voulait pas que je me casse un doigt ! J'ai donc eu à faire un choix, c'était un peu cruel... (rires) J'ai évidemment choisi la musique.

L.P. : Quelles étaient vos influences musicales au cours de votre adolescence ?

M.L. : Comme tous les adolescents, j'ai eu plusieurs phases. J'ai eu ma phase "musique québécoise" où mon groupe fétiche était Harmonium. J'ai particulièrement accroché sur l'Heptade. Pour moi, s'il y a un chanteur au Québec auquel je m'identifie c'est Serge Fiori... c'est récemment que j'ai réalisé cela. Je fais rarement des interprétations, mais récemment j'ai été invitée à l'émission de Michel Rivard "Studio TV5" (juin 2002) où on nous demande d'interpréter une chanson qui n'est pas de nous. À ce moment, j'ai cherché une chanson francophone et je me suis dit qu'étant donné qu'Harmonium avait été mon groupe fétiche, il serait logique que j'en fasse une d'eux ! Alors j'ai réécouté mes disques d'Harmonium... ça faisait très longtemps que je n'avais pas écouté ça ! Je me suis rendue compte que j'avais certainement été influencée vocalement par ce groupe car je l'écoutais énormément à l'époque et que j'y voyais aujourd'hui des similitudes avec ma façon de chanter... Dans le québécois j'aimais aussi Paul Piché et cie... Et je découvrais à cette époque des artistes plus folk comme Simon and Garfunkel, Chris DeBurgh, Murray Head.

J'ai eu aussi une phase rock genre Beatles et Rolling Stones. Ça a commencée avant ma phase québécoise en fait. C'est à ce moment que j'ai commencé à jouer de la guitare car c'est un style très orienté vers cet instrument. J'aimais Led Zeppelin, Genesis, etc. Il y a des choses qui ne m'ont pas du tout touchée à cette époque : Boy George, Duran Duran... pour moi, à cette époque j'en étais au rock, au folk puis au hard rock genre AC-DC ! J'étais complètement déconnectée des modes. Plus tard, Peter Gabriel, Kate Bush, Jane Siberry m'ont beaucoup marquée. Aujourd'hui, je trouve qu'il y a de la musique que j'écoutais à cette époque qui a mal vieilli. Mais un groupe comme Harmonium par exemple... je trouve ça intemporel, ce n'était pas une mode, c'est le témoignage sincère d'une personne.