Le Parolier rencontre...
Julie Salvador

Cinquième partie : Le piano en cavale




Le Parolier : Je sais que vous préparez un nouvel album. " Quantum " était votre carte de visite. À quoi va-t-on s'attendre avec le prochain ?

Julie Salvador : Je passe à la deuxième étape. La première étape était l'authenticité, moi en vingt minutes. La deuxième étape, sera un disque dans la progression, qui ira plus vers les autres, qui sera plus ouvert, moins intime. Mais qui restera tout de même authentique tout en ayant plus d'espace. Je travaille présentement à l'écriture des arrangements et je travaille fort à m'inspirer. C'est un beau travail qui débute. On prévoit enregistrer tout ça cet été. Présentement, je suis en pré-production, j'essaie mes affaires, je m'autocritique.



L.P. : Ce sera à nouveau une production autonome avec "Le Piano en Cavale" ?

J.S. : Oui, totalement. De toute façon, avec ce que je fais, avec le format que je veux faire, ça ne passerait pas au niveau de l'industrie. Je ne le crois pas. Je suis contente de le faire comme ça, je me sens libre.

L.P. : Est-ce que votre carrière progresse comme vous le désirez ?

J.S. : Oui. Pas aussi vite que je le voudrais évidemment. Oui, parce que je trouve que ça va lentement, mais en quelque part, je me sens solide là-dedans. Je ne me sens pas propulsée vers quelque chose d'irréel du jour au lendemain. Je sens que j'apprends, je deviens de plus en plus forte et de moins en moins dupe. C'est un long chemin, très difficile et passionnant. Il faut y croire, il faut te lever le matin et toujours, toujours y croire avec la même force.

L.P. : Est-ce que vous croyez que vous auriez pu vivre la même carrière en France ?

J.S. : Non, pas sous cette forme-là. Ici, il y a plein d'espace pour les boîtes à chansons, il y a de l'espace pour faire ce que je fais. En France, c'est un marché qui est beaucoup plus gros. Je ne crois pas que j'aurais pu le faire comme ça. Et je trouve ça très bien de pouvoir faire mes armes au Québec. L'industrie de la musique c'est la même qu'en France, mais à petite échelle. Ici, je peux m'y mettre les pieds. Alors qu'en France, c'est grand et presqu'inaccessible. Ici, on peut encore avoir un journaliste de Radio-Canada au téléphone, mais en France, essaie d'avoir un journaliste au téléphone... oublie ça !

L.P. : Aimeriez-vous retourner vivre en France ?

J.S. : Un moment donné, oui, mais peut-être pas pour y habiter puisque j'aime vivre au Québec. J'aimerais y retourner, juste pour dire : "Regardez, j'ai fait quelque chose de bien !" (Rires)

L.P. : Vous considérez-vous comme étant une québécoise ou comme une française habitant le Québec ?

J.S. : On ne se sent jamais vraiment comme québécois. Je pense qu'on est toujours un peu mutant, de moins en moins français, mais jamais québécois. Notre passé, notre culture nous rattrape toujours un moment donné. J'ai l'impression de vivre quelque par entre ici et ailleurs.

L.P. : De moins en moins française, de plus en plus québécoise, il y a donc une transition qui s'effectue. Comment êtes-vous perçue par vos parents et vos amis qui sont en France ?

J.S. : Mes parents me soutiennent beaucoup et ils sont contents car je suis allée jusqu'au bout. " Depuis le temps que tu nous en parles ". Mes amis en France sont heureux. Ils sont très sévères parce qu'ils m'ont connue dans un format plus conventionnel, donc lorsque j'arrive avec mes trucs, ma guitare expérimentale, ma violoniste, mes machins... ils sont ouverts, mais bon ! Ils vont me faire de bonnes et de mauvaises critiques. Mais parfois, quand j'appelle chez eux, c'est mon disque qui joue, alors je me dis : "Quand même, il y a quelque chose qui se passe".

L.P. : Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

J.S. : Si je chante et si je fais ce que je fais, c'est que j'ai envie d'avoir un public. Et je voudrais que celui-ci soit le plus large possible. Donc, si je pouvais être reconnue, vivre pleinement de ma musique sans me poser de question pour l'avenir et l'argent, être complètement moi-même, avoir de plus en plus de spectateurs à mes spectacles, pouvoir dire ce que j'ai à dire dans les grandes émissions populaires, j'en serais formidablement heureuse, c'est certain ! Je crois que je pourrais être heureuse avec beaucoup moins que ça aussi. Ma quête, c'est de continuer à faire ce métier et d'aller le plus loin possible et d'aimer ce que je fais.

Je me vois continuer à faire ce que je fais, et continuer à être ce que je suis et devenir de plus en plus moi même, en espérant que ça fonctionne. Je me vois continuer à écrire des tas de chansons qui racontent la vie des gens qui aimeraient être sur scène pour pouvoir la raconter. Et puis, je me vois avec de moins en moins de limites, personnelles et musicales, d'aller encore plus haut dans tout ce que je rêverais de faire.


L.P. : C'est ce que je vous souhaite ! Je vous remercie pour cette entrevue.

J.S. : Je te remercie, ça a été bien le "fun" !