Le Parolier rencontre...
Julie Salvador

Quatrième partie : Quantum





Le Parolier : Vous avez publié votre premier disque en juin 2001. Pourquoi l'avoir nommé "Quantum" ?

Julie Salvador : Il y a d'abord eu l'aspect poétique de la chose. Je trouvais que le mot était beau. Ensuite, je n'ai jamais été bonne en physique et en chimie ! Alors, de mettre un mot de physique quantique sur mon album, ça me faisait quelque chose. Enfin, ça évoquait pour moi l'infiniment petit et étant moi-même infiniment petite, je trouvais que le titre était bien. Pour moi, cet album est une carte de visite, c'est moi en sept chansons, dans mon authenticité. C'est un hommage à travers les chansons aux petites choses de la vie. Des choses qui peuvent être de grands drames comme sur "Un moment de silence", ou le moment où la femme dit "Pars" ou "Dernière minute"... toute une vie résumée en trois minutes. Le "Quantum" est né de petits instants qui n'ont aucun lien entre eux.



L.P. : La critique a dit que votre album a été fait avec des arrangements simples. Or, on sait que lorsque ça semble simple, c'est que cela camoufle beaucoup de travail !

J.S. : Il y avait effectivement beaucoup de travail. Oui, le disque est fouillé. J'y ai d'abord mis beaucoup de choses et par la suite au mixage, j'ai épuré, épuré, épuré pour laisser respirer. Les gens se trompent en disant que les arrangements sont simples car il n'y a pas d'esbroufe, parce que je ne beurre pas mille fois épais. Il aurait fallu que je rajoute six grosses batteries, poum poum ? Moi, j'estime que si une chanson tient avec deux instruments ou juste un piano, je ne vois pas pourquoi j'en rajouterais.

L.P. : Comment percevez-vous la critique ?

J.S. : Je vais te dire ce que j'aimerais être et après, ce que je suis ! J'aimerais pouvoir te dire : " Oui, la critique ne me touche pas, parce que ce sont seulement les opinions des autres et que de toute façon, en tant qu'artiste, il ne faut pas se laisser atteindre par ça ". Ça, c'est ce que j'aimerais être ! Ce que je suis : je suis très, très sensible et j'aime provoquer des réactions. Je suis maintenant capable d'accepter des réactions négatives. Quelqu'un qui va me faire une réaction, je me dis : si je l'ai touché à quelque part, ça me plaît. L'indifférence me touche beaucoup. Si je vois des gens partir en plein milieu de mon spectacle et qu'ils ne m'appellent pas par la suite pour me dire réellement ce qu'ils n'ont pas aimé et pourquoi ils n'ont pas aimé, ça me touche énormément. Et sur scène, je perçois tout, je suis comme un scanner qui perçoit quand une personne est dans sa bière, quand elle est en train de dormir ou qu'elle est totalement avec moi. J'ai de la difficulté avec les critiques non constructives. Une critique qui me permet d'évoluer, je suis capable de la prendre.

L.P. : Il me semble ne pas avoir lu de critiques négatives à votre égard jusqu'à présent.

J.S. : Non. Il faut dire que je ne suis pas encore rendue à ce stade. Je pourrais me valoriser et me dire : " Oui, c'est vrai, j'ai été bien accueillie par la critique ". Mais ce n'est pas vrai ! Je ne suis pas assez connue pour que l'on ait envie de me descendre. Peut-être dans cinq ou six ans quand je serai assez connue... on se retrouvera autour de cette table et on fera le compte, il y aura certainement eu des critiques négatives parce que les gens se déplaceront pour venir me voir. Je peux présentement dire que dans tout ce qui a été écrit , il y a des choses très positives qui me valorisent et me donnent envie de continuer. Et je me dis que mon message a été compris.

L.P. : Parlez-moi des musiciens qui vous entourent. Comment les avez-vous rencontrés ? Qu'est-ce qu'ils vous ont apporté ?

J.S. : J'ai rencontré Sophie Drouin l'année dernière. Je jouais dans un spectacle bénéfice et elle accompagnait Paul Tremblay. J'ai adoré sa manière de jouer et j'ai aussi adoré son sérieux. Parce qu'elle est très, très sérieuse, qu'elle a une grande ouverture et une belle créativité... j'ai aimé le personnage ! Elle m'apporte beaucoup puisqu'elle est de formation classique, très mélodique. C'est son univers. Et moi, je la pousse dans les retranchements au niveau des univers musicaux... donc, mon défi est de faire bouger Sophie ! (Rires) Donc, quand je lui dis qu'on va faire du rock and roll et qu'au bout de la cinquième fois, je réussi à la faire rocker et que je la vois taper du pied et s'amuser, je me dis que j'ai réussi quelque chose. Dans mes folies, des fois elle me regarde avec des grands yeux : " Hein, hein, non tu ne peux pas faire ça ! ". Et finalement, on le fait, et elle me suit. Elle continue imperturbable, et des fois sur scène, j'aime lui faire des jokes, mais elle ne les voit pas et moi je rigole. Parce que ce sérieux, ça me fascine ! (Rires) Si j'étais violoniste, j'aimerais être comme Sophie. Oui... concentré, sérieuse... parfois, elle a ma partition, elle a ma musique devant les yeux et elle aussi sérieuse que si elle jouait un aria. Wow ! C'est fascinant ! C'est vraiment pour le côté sérieux, le côté perfectionniste et le côté classique que je l'aime beaucoup.


Sophie m'a fait rencontrer Martin Verreault. Lui, il fait beaucoup d'improvisation et il adore la musique contemporaine. Il a embarqué au départ pour deux ou trois chansons, comme ça et maintenant, il fait partie du groupe. C'est un excellent musicien très versatile, il sent ma musique et ça, c'est très valorisant. Il est tellement un bon guitariste ! Je suis très heureuse d'avoir un guitariste qui est capable de péter ses cordes pour jouer sur mes chansons. Je sens qu'il aime vraiment ce que je fais. C'est merveilleux d'être entouré de gens qui non seulement aiment ce que tu fais, mais en plus participent à le faire évoluer.

Le dernier venu du groupe, c'est Hugo Desautels, le bassiste. Ce que j'ai aimé de lui, c'est que c'est un gars qui a fait beaucoup de " covers ", des gros bands. Il apporte un côté rythmique. Je ne voulais pas de batterie et j'ai trouvé que sa basse apportait un aspect rythmique qui peut englober le tout. Donc... il a un petit aspect jeune, il faut toujours qu'il fasse des " bioumm... bioummm ". Donc, entre Hugo qui fait des "bioummm bouimmm", et Martin qui fait des "blblblbl" et l'autre qui est comme ça... y'a quelque chose qui se passe, j'aime bien ! (Rires)


L.P. : On sent une grande complicité lors de vos spectacles.

J.S. : Oui, on s'entend tous bien. Et puis, chacun est à sa place, c'est cela qui est bien. Chacun apporte, il n'y a pas de compétition entre eux et ce sont des musiciens tellement différents que... j'ai du plaisir ! Rien que d'en parler... c'est quand le prochain spectacle ? (Rires)