Le Parolier rencontre...
Julie Salvador

Troisième partie : Le Québec







Le Parolier : Pour venir au Québec, vous avez dû compléter une demande...

Julie Salvador : Oui, j'ai fait une demande temporaire... j'étais une chanteuse temporaire ! (Rires) J'avais conçu un projet pour les adolescents qui se nommait "De la tradition à la création". Je me disais : "À partir de tout ce que l'on a emmagasiné, de tout ce que nous ont légué nos ancêtres et nos parents, comment peut-être se servir de ces données pour en créer de nouvelles ?" J'ai donc envoyé une cinquantaine de lettres et je n'ai reçu qu'une seule réponse, soit celle d'Outremont. À mon arrivée, j'ai pris la responsabilité d'un atelier de théâtre et de musique en collaboration avec une metteur en scène, Bernard Tremblay. Nous sommes partis de contes, de textes québécois pour en arriver avec un spectacle complètement "flyé", comedia del arte, rap avec une chanteuse russe, etc. Ensuite, nous avons monté "Le petit prince" avec du Beckett. C'était génial ! Je pouvais transmettre mon pep, mes convictions, ma confiance et ainsi permettre aux jeunes de pousser leurs propres limites. C'était une belle expérience.

L.P. : Vous y êtes restée combien de temps ?

J.S. : Environ trois ans.

L.P. : Est-ce à la suite de cette expérience que votre carrière a débuté ?

J.S. : Quand je rentrais le soir, je faisais mes petites affaires et je chantais dans des petits cabarets. La vie d'artiste c'est ça, travailler et après chanter. Suite à l'expérience, j'ai atterri à l'École Buissonnière pendant un an où j'ai enseigné la musique. Ensuite, je me suis retrouvé dans Parc Extension pour faire de l'accompagnement avec des jeunes en difficulté. Je pense qu'en quelque part, c'est en vivant que l'on crée, c'est en rencontrant des gens, en faisant des expériences que l'on devient réellement un créateur. Un artiste, à mon avis, ce n'est pas pour être dans son salon à écrire devant une page blanche. Un artiste, c'est fait pour s'enrichir des autres, c'est fait pour vivre ! Sinon, qu'est-ce que tu veux raconter ? Vivre, c'est des émotions, il faut vivre, aimer et haïr !

L.P. : Quel genre de créatrice êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous influence ?

J.S. : Je te dirais que le seul truc, c'est que je suis toujours en évolution. Il n'y a jamais rien de figé. Un chanson peut mettre neuf mois, deux minutes ou deux heures à s'écrire, tout dépend de l'inspiration.

L.P. : Ça doit dépendre de ce qui vous arrive, de votre vécu. Vous parlez beaucoup de vous dans vos chansons.

J.S. : Oui, je parle de moi et je parle parfois des autres à travers moi. Je me sens comme un petit canal, un petit tuyau qui va de moi aux autres. Oui, je parle de moi, mais je ne me sens pas dans un trip narcissique. J'essaie toujours de donner un côté positif à mes chansons, quel que soit le sujet que j'évoque. Dans la chanson "Pars", qui est une chanson sur la violence conjugale, je dénonce quelque chose sur le plan de la femme qui fait une prise de conscience et qui dit : "Maintenant tu t'en vas". Et pour moi, c'est important parce que c'est du positif, car c'est d'amener autre chose que "Fout le dehors ce connard". Tu vois ? J'essaie qu'il y ait plusieurs niveaux de lecture dans mes chansons pour ceux qui ont envie de creuser. Comme ça, j'ai l'impression de servir un petit peu à quelque chose aussi.

L.P. : J'ai lu qu'on vous compare parfois avec des artistes tel que Patricia Kaas ou Véronique Sanson. Comment vous sentez-vous face à ces comparaisons ?

J.S. : Ça dépend. Moi je ne juge pas la comparaison elle-même, je juge l'intention de la comparaison. Si la personne aime Patricia Kaas et que moi, je ressemble à Patricia Kaas, ça me fait infiniment plaisir. Mais si elle la déteste et qu'elle m'y compare, alors c'est quelque chose de négatif.

L.P. : Je présume que vous aimeriez qu'un jour, on vous dise "Tu ressembles à Julie Salvador" ?

J.S. : Oui, mais je crois que ce n'est présentement pas possible. Ça le sera lorsque je commencerai à être connue. Pour le moment, j'arrive de nulle part, des gens ont entendu parler de moi, ils viennent voir mes spectacles, ils me découvrent, ils commencent à me découvrir. Ils ne peuvent donc pas me reconnaître. Mais je pense que le jour où, effectivement, on dira à quelqu'un d'autre : "Tu ressembles à Julie Salvador !", je vous invite tous à dîner ! (Rires) Les gens apprivoisent peu à peu mon univers, c'est parfait comme ça.