Le Parolier rencontre...
Julie Salvador

Deuxième partie : Une fille authentique




Le Parolier : Que retrouvez-vous sur la scène que vous ne pouvez retrouver dans la vie de tous les jours ?

Julie Salvador : Déjà chanter, en soi, c'est une voix, notre propre voix, et celle-là ne trompe pas. Lorsque tu chantes, tu ne peux pas te leurrer toi-même sur tes possibilités ou tes non-possibilités... tu es authentique ! Lorsque je suis sur la scène, je me sens libérée de ma timidité, de mes préjugés, je suis à l'écoute de qui je suis et curieusement, à l'écoute des autres aussi car il y a quelque chose qui se passe. C'est comme une connexion spirituelle avec soi et plus grand que soi. Je me sens dans un luxe et je me considère très, très chanceuse d'être sur la scène.

Dans ma vie, je ne triche pas beaucoup, du moins, je ne le pense pas. Mais sur la scène, je ne triche pas, non ! Je vis une liberté incroyable. Et j'essaie d'en donner aux musiciens qui travaillent avec moi. Ils ne sont pas là seulement pour m'accompagner, je veux qu'il y ait de l'espace pour eux, pour leur permettre de faire valoir leur propre forme d'art, leur authenticité. Et j'y tiens beaucoup.


L.P. : Un mot revient souvent, c'est "authenticité". N'est-ce pas un peu difficile d'être authentique dans un milieu tel que celui du spectacle ?

J.S. : Oui, effectivement, ça ne fait pas partie des valeurs de l'industrie. Mais je crois que les gens que je rencontre ont soif d'authenticité. Je préfère faire une carrière qui soit moins grande et qui soit la mienne avec mes valeurs plutôt que de faire une grande carrière qui ne sera pas la mienne mais plutôt celle de "Sweetie Julie", d'un producteur ou d'un gérant. Et c'est pareil dans tous les milieux, il est difficile d'être authentique puisque l'on nous demande de performer.

L.P. : Suite à votre passage avec le groupe Codées In en 1994, vous avez remporté un concours nommé "Pub Watson". Parlez-moi de celui-ci.


J.S. : Ce concours fut ma première reconnaissance. Ça se passait dans un grand pub un peu à l'anglaise avec un piano à queue sur la scène. Il s'agissait d'un concours d'interprétation, mais tu n'étais pas obligé d'être un chanteur. Et moi, je me suis retrouvée là avec des musiciens de jazz, des pointures et tout. À cette époque, moi je chantais la guerre... Le concours se jouait à l'applaudimètre. Il y avait tout un groupe d'amis qui soutenaient les artistes. Et moi, j'avais amené Soeur Hélène et deux autres filles, nous étions donc quatre ! Y'avait plein de monde : "Oh merde, j'ai l'impression que ça va être un bide ici !". Je me suis donc fait une raison et j'ai chanté avec toutes mes tripes. Et le résultat fut que j'ai gagné ce concours ! J'ai remporté une bouteille de champagne que j'ai partagé avec Soeur Hélène ! (Rires) Et c'était drôle et très valorisant pour moi puisque j'ai gagné le concours avec l'applaudimètre. À ce moment, je me suis dit : " C'est le public qui a voté ". Et c'est là que j'ai compris qu'à partir du moment où tu es vrai, tu peux faire passer n'importe quoi à n'importe quel moment et dans n'importe quel contexte. Et c'est pour cela que maintenant, lorsque je me retrouve dans un endroit où les gens ne m'écoutent pas, je me dis : " Ah, si les gens n'écoutaient pas, c'est que tu n'as pas performé, que tu n'as pu aller les chercher ". Car tu peux faire taire ces gens ! Ce concours m'a donné de la confiance.

L.P. : Il est arrivé un petit événement cocasse avec un des concurrents.

J.S. : Ce que je ne t'ai pas raconté... lorsque je t'ai dit que je m'étais fait une raison, c'est parce qu'au test de son, je m'étais fait descendre par un super bon pianiste qui m'avait fait une espèce de valorisation sympathique du type : " Écoute, c'est bien de participer, c'est correct. Ne t'inquiète pas, tu ne vas pas gagner, mais ce n'est pas grave, ce sont tes premières expériences. Et bla bla bla... ". Ça a donc contribué à mon " je ne gagnerai pas ". Et puis finalement, c'est moi qui ai gagné et j'ai eu la bouteille de champagne et lui... un t-shirt ! (Rires) Je n'ai jamais eu l'occasion de le revoir et j'ai toujours peur de me retrouver devant lui et de voir sa réaction ! C'est à ce moment que j'ai commencé à comprendre comment on pouvait tuer sans une arme, tuer l'estime de soi. Ce fut une belle leçon pour lui ! (Rires)

L.P. : C'est à la suite de ce concours que vous êtes entrée à l'école d'Alice Dona ?

J.S. : Oui. J'ai d'abord passé une audition publique dans une chapiteau sur les Champs Élysées. On te fait chanter ta chanson et ensuite, on met de la musique et on te dit : " Danse ! ". Et là, comme une imbécile, tu es sur scène, y'a des gens qui te regardent. Tu m'as dit que je suis danseuse ? Oui. Mais est-ce que je sais danser ? Non !!! (Rires) Ils m'ont donc accepté et pendant un an, j'ai été y perfectionner plein de choses, dont la danse !

L.P. : Je croyais que cette école n'était que musicale.

J.S. : Non. Il y a des cours de chants, de techniques vocales, d'interprétations, de solfège, de danse et de théâtre. C'est assez complet. Ce sont des ateliers qui ont pour but de te perfectionner pour être autonome. Pour ma part, je voulais me familiariser avec le monde du showbizz, c'était un peu comme le feuilleton "Fame".

L.P. : C'est suite à ces cours que vous êtes venue au Québec. Vous veniez pour y faire une carrière de chanteuse ?

J.S. : Si, si... là, j'étais décidée. Il y avait mon passé de Beau Dommage qui me revenait dans la tête, le groupe Crescendo qui était venu en tournée et qui avait logé chez nous. Je me disais qu'au Québec, il y avait de la place pour la chanson d'expression française et je trouvais donc que c'était le lieu idéal pour moi. Donc, je me suis dit : " Je vais être chanteuse. J'ignore combien de temps ça va me prendre, mais quand je reviendrai, je serai chanteuse ! "