Le Parolier rencontre...
Julie Salvador

Première partie : La Bretagne




Le Parolier : Parlez-moi de vous, de votre jeunesse en France. Vous êtes née dans la région de la Bretagne je crois ?

Julie Salvador : Effectivement, je suis née en Bretagne dans un petit village nommé Erquy, un port de pêche de trois mille habitants. Imagine un petit port avec des bateaux, un ciel mort en hiver et un endroit animé en été. En hiver, il y a 3 000 habitants et en été, 30 000 ! Donc, en été, on rencontre plein de monde et en hiver, on lie de véritables liens. J'ai grandi là-bas et j'ai commencé à y chanter dans la chorale du village.

L.P. : La chorale Nazado ?

J.S. : Exactement. C'était une chorale d'adultes où l'on interprétait les chansons du répertoire français. J'étais âgée de 11 ou 12 ans et j'étais fascinée par les choeurs, je trouvais ça magnifique ! Tu sais, une espèce de magie où tu oublies la personne qui est à côté de toi, que c'est ton professeur qui t'a engueulé le matin. Il y a quelque chose de grand qui passe par le chant, des millions d'émotions. Ça me donnait des larmes aux yeux ! J'arrivais même à oublier le superbe petit pull jaune canari avec son collet en " V ". (Rires)

L.P. : Est-ce que ces débuts dans la chorale étaient vos premiers contacts avec le monde musical ? Ou bien est-ce que la musique était innée en vous ?

J.S. : C'était inné chez moi. Déjà à trois ou quatre ans, je commençais à écrire et composer. Je chantais : " Hé saute le petit lapin ", j'inventais des tas de trucs comme ça qui parlaient de petits lapins. Bienvenue à Play Boy ! (Rires)

L.P. : Êtes-vous issue d'une famille de musiciens ?



J.S. : Ma mère a déjà chanté, plus jeune elle a gagné quelque concours dont un où elle a chanté "Dis quand reviendras-tu" de Barbara à Radio-France. Elle était accompagnée par le pianiste de Barbara ! C'est ma mère qui m'a transmis cette passion pour cette chanteuse. C'est aussi ma mère qui m'a amené au piano vers l'âge de huit ans. En fait, elle a voulu prendre des cours de piano pour elle et elle m'a incité à la suivre. On a donc appris le piano tous les deux avec le même professeur.

L.P. : Vous avez donc poursuivi le rêve de votre mère.

J.S. : Oui, en quelque part. Je crois qu'inconsciemment, il y avait quelque chose qu'elle avait envie de me transmettre.

L.P. : Lorsque vous étiez jeune, qu'écoutiez-vous ?

J.S. : J'écoutais les Beatles et Beau Dommage. J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé Beau Dommage... " Ginette, Ginette... ". J'écoutais aussi des disques de musique classique avec ma mère. Je me souviens que j'écoutais le tableau d'une exposition de Moussorgski et je m'imaginais chef d'orchestre. En prenant une règle, je montais sur la table de la cuisine et je dirigeais, c'était une passion totale ! (Rires) J'empruntais les disques de ma mère. Je me souviens du chanteur breton, Jean-Michel Caradec. Il était déjà mort à l'époque et comme il ne vivait plus, c'était important pour moi de l'écouter. Bien sûr, j'écoutais Barbara... je l'ai écoutée très jeune et comprise plus tard. Ce que j'aimais, c'était les textes des chansons.

L.P. : Vous avez fait vos premiers pas comme chanteuse à l'intérieur de groupes comme Lapsus et Codées In. Est-ce à ce moment que vous avez songé à une carrière ?


J.S. : Non, c'est un cheminement à long terme. Il n'y a pas eu de moment où je me suis dit : " Je veux faire une carrière ". Plus jeune, j'avais plein de rêves. Je voulais être inspecteur de police, et puis médecin, et puis plein d'autres choses... et j'aimais chanter ! Mais, je ne m'imaginais pas faire une carrière de chanteuse. C'est peu à peu, les expériences qui se sont mêlées une à une qui ont fait qu'un jour, j'ai pris cette direction.

L.P. : Vous étiez membre du groupe Lapsus. Quel genre de groupe étais-ce ?

J.S. : C'est un groupe comme "Crescendo" de Michel Fortin. C'était un groupe vocal qui comptait de vingt à trente personnes sur scène. On y interprétait des chanson à quatre voix, on faisait des chorégraphies, on dansait...

L.P. : En lisant votre document de presse, je constate que vous avez été danseuse, que vous avez pris des cours pour devenir comédienne. Avez-vous envisagé la carrière de comédienne ?

J.S. : À l'époque, oui. Je me suis dit : " Tiens, ça pourrait être intéressant ". J'explorais. Par la suite, j'ai trouvé que ce n'était pas moi. C'était frustrant de dire des trucs d'auteurs sous la coupe d'un metteur en scène, ça ne représentait pas ce que la scène évoquait pour moi. Pour ma part, la scène, c'est l'authenticité, c'est de dire ce que l'on a dans les tripes, c'est être vraiment soi-même. Je trouvais qu'en tant que comédienne, je m'éloignais de moi.