Le Parolier rencontre...
Jean-Michel Bartnicki

Première partie : L'écriture




Le Parolier : Nous vous connaissons en tant qu'auteur et poète. D'où provient ce goût pour l'écriture ? Est-ce une passion récente ou cela date depuis votre enfance ?

Jean-Michel Bartnicki : J'aime écrire depuis mon plus jeune âge mais durant mes années d'études, trop absorbé par celles-ci, j'ai délaissé la plume. En fait ma passion pour l'écriture poétique plus axée sur la création de chansons est relativement récente coïncidant avec le lancement de mon site internet en 1998. On peut dire que la fascination de l'outil informatique a réveillé en moi ce plaisir d'écrire pour faire partager aux gens mes émotions, en toute modestie .

L.P. : Vous me dites que vous vous êtes mis à l'écriture en même temps que le lancement de votre site. Est-ce votre site qui vous a incité à écrire ou l'inverse ?

J.M.B. : J'avais quelques textes dans un tiroir comme tout le monde et j'ai voulu les mettre en ligne pour me faire plaisir. J'étais fasciné par la puissance de communication qu'est internet, mon seul but était d'entrer en contact avec des personnes dans le monde entier pour établir des liens d'amitié durables et sincères. L'écriture comme un tremplin pour aller vers les autres, découvrir d'autres cultures, d'autres manières de penser, de vivre en harmonie avec son prochain dans le respect des différences. Le résultat est allé au-delà de mes espérances car grâce à mon site, j'ai à présent de très nombreux correspondants dans le monde entier et quelques amis dont la plupart vivent au Québec. Les liens étaient tellement forts que je suis allé les rencontrer au Québec avec mon épouse Annie et ma fille Anne durant quatre semaines au mois de juillet 1999. Souvenir à jamais gravé dans ma mémoire car sans l'avoir même envisagé, c'est là où j'ai été mis en musique pour la première fois par Louis Alary. C'était sur le boulevard Laurier tout près de la ville de Québec où mes amis nous avaient loué une maison pour un prix dérisoire (Rires). Tout cela est parti de mes mots, de mon site, du hasard de ma navigation sur internet. Si je n'avais pas eu ces textes qui sommeillaient, je n'aurais pas lancé mon site sur la toile. J'avais envie de partager. Il faut considérer mon site comme un livre à ciel ouvert, le miroir de mon âme. J'y suis moi-même sans artifice car je me livre complètement avec sincérité.

L.P. : Qu'est-ce qui vous pousse à écrire ? Qu'est-ce qui vous motive ?

J.M.B. : Avant tout l'amour de la langue française qui permet des nuances que d'autres langues n'autorisent pas comme l'anglais, même si j'aime aussi cette langue notamment au niveau de sa musicalité tout comme l'italien.

J'écris aussi pour établir un dialogue intime avec moi-même pour aller y puiser ce que je suis et non ce que la société m'impose d'être lorsque j'exerce, par exemple, mon métier d'enseignant. Je veux dire par là que lorsque je suis face à mes élèves j'ai l'impression de tenir un rôle, de même que dans les rapports avec mes collègues certes cordiaux, mais je revêts un masque comme un acteur sur une scène de théâtre. Lorsque j'écris je n'en porte pas. Je suis moi-même sans chercher à me fondre dans un moule social ou une attitude attendue Mes mots sont mes amis, mes plus fidèles amis. Ils me connaissent parfaitement car ce sont eux qui me définissent. Tout acte d'écriture est un acte solitaire mais je n'éprouve aucune souffrance lorsque j'écris, même si certains de mes textes sont plutôt mélancoliques voire tristes. Écrire me permet de me libérer de mes colères, de mes attentes. Cela dit j'écris aussi parce que mon coeur déborde d'amour.

Ce ne sont que des mots mais c'est la sculpture de mon âme...

Lorsque je parviens à faire ressentir aux gens ce que j'ai voulu faire passer comme messages dans mes textes, c'est un grand bonheur. Savoir qu'au bout de la terre des personnes ressentent au plus profond d'eux mêmes ce que j'ai voulu dire est de plus en plus un sentiment délicieux et si émouvant. J'écris à présent pour que les gens puissent s'identifier à mes chansons, y trouver du bonheur, du réconfort, de l'amour, des sujets à débattre. Je suis à l'écoute de tout ce qui se passe dans le monde, les grands thèmes mais aussi j'essaie de mettre en scène avec mes mots simples telle ou telle histoire qui m'a particulièrement ému. Tout récemment, j'ai fait une chanson sur l'adoption intitulée "Mayela" en me basant sur des faits réels même si mon texte, dans ce cas précis, n'est pas le reflet exact de la situation beaucoup trop dure pour être décrite dans une chanson. C'eût été aussi indécent d'aller plus loin dans la description. Une chanson a aussi ses limites.

Tenter de faire partager mes émotions aux gens pour entrer dans leur coeur et leur âme pour ne plus en sortir est un objectif. En quelque sorte j'écris pour aimer et pour être aimé. J'aime les gens et j'ai besoin d'eux, de leur amitié, de leur amour. Apporter du bonheur est une motivation essentielle.

J'écris aussi en toute humilité à la recherche d'une forme de sagesse. Une quête spirituelle en somme sans parler de religiosité. La plus grande richesse est en soi, à chacun de la trouver. Notre monde de plus en plus matérialiste, occulte l'essentiel : notre âme.