Le Parolier rencontre...
Jérôme Lemay

Quatrième partie : À travers les chansons




LE CHEMIN DU PARADIS (1957) :

On cherchait des chansons. " Round and round " venait de sortir. J'ai surpris notre gérant et mon partenaire ! Il ne pensaient pas que j'écrivais comme ça. Je n'avais pas, à ce moment, beaucoup de facilité à m'exprimer. C'était une des premières versions que je faisais, une de mes premières compositions. Ce n'est pas une chanson extrêmement poétique mais elle est bien faite, bien construite. Elle s'est classée première sur le palmarès mais elle ne s'est pas beaucoup vendue. Ça nous a fait connaître.

TOUJOURS PLUS VITE (1957) :

Lorsque nous sommes allés à Paris (vers 1956), nous avons rencontré Raymond Lévesque. Il y était avec son yukulele, il faisait trois-quatre spectacles par soir dans les petites boîtes. Je crois qu'il l'a composée pour nous.

YAKETY YAK (1959) :

On faisait cette chanson en anglais en spectacle. Un moment donné, on a demandé à Pierre Pétel de nous en écrire une version française. C'est la première chanson à expressions québécoises du genre !

CHARLIE BROWN (1959) :

Après Yakety yak, j'ai été voir Pierre Pétel et je lui ai dit : "Veux-tu me faire Charlie Brown ?". Il me demande : "Combien ça paye ? Sais-tu combien j'ai eu avec Yakety Yak ? Vingt-cinq dollars ! Penses-tu que je vais faire une autre version pour vingt-cinq dollars ? Pour ce prix-là, je ne veux pas le faire.". Je l'ai donc fait moi-même. J'ai cherché un titre, n'importe quoi... on ne s'est pas cassé la tête, on a repris le titre original. En l'écrivant, j'ai eu un blanc... "Why is everybody always picking on me ?", c'est le gros noir des Coasters qui disait ça. J'ai demandé à Jean : "Il s'en va s'cacher, mais y vas s'faire pincer.." et il a répondu : "Pourquoi sacrifie que tout l'monde veut pas me lâcher ?". Je lui donne la main et je lui dit : "On a notre phrase !"

JONES S'EST MONTRÉ (1959) :

Là, ça allait bien, les Coasters en sortent une autre ! Et là, ça ne prend pas grande chose des fois... tu passes à côté d'un flop par un fil ou à côté d'un hit par un fil... Cette version est amusante, la guitare est le fun. Il s'est passé quelque chose que je ne comprendrai jamais. On a fait la chanson et par la suite, je suis allé à un poste important de Montréal pour leur faire écouter. Ils ont dit : " C'est bon " et ça n'a jamais tourné ! Le disque est tombé. Je sais que la chanson était bonne parce que ceux qu'ils l'ont eu, acheté ou écouté en parlent encore ! Cette chanson, y'en a qui l'aiment et elle accroche. Mais elle n'a pas accrochée à la radio... Est-ce qu'ils ont dit : " On n'aime plus Les Jérolas, on ne veut rien savoir ? ". C'est peut-être parce que l'on ne payait pas pour faire tourner les disques ? Y'en avait beaucoup qui payaient ! On aimait mieux faire un flop plutôt que de payer pour faire tourner un disque.

UN TIENS VAUT MIEUX QUE DEUX TU L'AURAS (1960) :

Il y avait le quatrième gala de la chanson canadienne à Radio-Canada. J'ai écrit cette chanson spécialement pour le concours. Yolanda Lisi l'a très bien fait. Elle s'est classée 5e et a remporté le disque d'or. Elle a aussi été éditée en France.

MÉO PENCHÉ (1961) :

On m'a demandé d'écrire une chanson pour le film "The golden gloves". Étant donné que les Coasters ne faisaient plus de chansons de ce genre, j'ai bien été obligé d'en faire une moi même! L'écriture m'a pris environ une semaine. J'appelle Jean pour lui faire écouter et il me dit : " C'est un hit ! ". Nous l'avons présentée au réalisateur qui nous a signifié qu'il préfèrerait autre chose. J'ai donc écrit "Jones, Jones, Jones" (Cette chanson a été enregistrée sous le titre de "Tout l'monde twist" en 1962).

Nous avons interprété cette chanson en spectacle, ben "straight". Un jour, en répétition, Jean a commencé à faire le fou et à boxer durant le chorus de guitare. D'un spectacle à l'autre, il y avait toujours du nouveau dans le numéro. Au début, ça durait trois minutes et en dernier, elle durait vingt minutes ! Jean boxait et il se knockait lui-même et tombait par terre. Parfois, il se faisait mal et c'est le costume qui y goûtait ! Il existe un clip en scopitone couleur.

Méo Penché existe. Il habite à Trois-Rivières Ouest. Il s'est fait achalé avec ça ! Je lui ai demandé : " Viendrais-tu à une entrevue si on faisait une émission de télévision spéciale avec le vrai Méo Penché ? ". Il m'a répondu : " Ah, ça ne me tente pas ben, ben... ".

Pierre Bertrand a ressuscité la chanson en 1981, il lui a donné toute une respiration artificielle ! Parfois le matin, la chanson passait trois, quatre fois sur les ondes AM. Présentement, c'est la version originale qui tourne surtout.

SIGNE TON CHÈQUE (1961) :

C'est assez spécial. Cette chanson n'était pas tellement bonne. On l'a faisait sur scène comme ça... Par contre, les scripteurs américains l'aimaient ! Ils l'ont traduite en anglais, l'ont fait plus longue et ont changé un peu la musique pour le besoin des paroles. C'était devenu "Sign that check". Moi, après ça, j'en ai refait une version française ! C'est une version française de la version anglaise qui avait été faite sur ma version originale française !

En spectacle, c'était un bon numéro. On arrivait sur scène et on disait :
- Le patron y es-tu correct en maudit. Il nous a donné un chèque avant le show.
- Ouan, y'é fin en maudit. Montre-moi donc ça ! Ouan, y'é ben fin, mais il ne l'a pas signé ton chèque !
- Il l'a pas signé ?
- SIGNE TON CHÈQUE !


L'HISTOIRE DU CANADA (1966) :

C'est un numéro qui nous vient de Gilles Richer. Gilles a été notre scripteur pendant plusieurs années. Nous avons acheté les droits de ce texte pour ne pas avoir l'obligation de dire que Gilles Richer l'a écrit car on changeait les paroles souvent. Les paroles sont maintenant de Jérôme Lemay et Jean Lapointe (surtout Lapointe) et la musique c'est de moi. On l'a fait longtemps en spectacle.

J'AIME PAS L'AIL, J'AIME PAS L'EAU, J'AIME L'IMPÔT (1973) :

C'est une émission de télévision que l'on devait faire à Québec pour l'impôt fédéral ou provincial. On devait expliquer aux gens comme produire leurs impôts. J'avais en tête la chanson "Jambalaya" et j'ai trouvé un titre qui y ressemblait. Tony Roman a produit la chanson sur disque. C'était pas pire, mais ça n'a pas marché.

L'ABITIBI (1975) :

Il n'y a pas vraiment d'anecdote reliée à cette chanson. Lors des fêtes du 75e anniversaire de Rouyn-Noranda, on a produit un disque "Les découvreurs de l'Abitibi". Ils désiraient avoir "Méo Penché" et "Abitibi". La chanson a été interprétée par un groupe de chanteurs classiques, c'était très beau ! Ça m'a fait bien plaisir !

UN CANADIEN ANGLAIS (1975) :

C'est sur le premier album. C'est fait à partir d'un histoire qu'on se racontait dans le temps. Y'avait la compétition entre les anglais et les québécois...

LES GENS HEUREUX (1978) :

Je cherchais de belles chansons avec Yves Lapierre. C'est un nommé Legault qui m'a donné l'idée. J'y ai inclus Jean Lapointe là-dedans. "Les gens qu'on aime, les Jean Lapointe...". Je ne l'ai pas mis sur la nouvelle version parce que Jean ne m'en a jamais parlé. J'ai figuré qu'il n'aimait pas bien ça que je mentionne son nom dans la chanson.

DONNE DONNE DONNE (1983) :

Un moment donné, une compagnie de financement m'a approchée pour contacter des clients. Je me suis laissé embarqué là-dedans ! J'ai fait ça deux, trois semaines, ma petite serviette, ma cravate. Lorsque j'arrivais au bureau, on croyait voir une apparition ! Je devais expliquer que je recherchais un " side-line ". Un matin, je pars de la maison avec ma petite valise, ma cravate et mon veston. J'entre dans mon char, je pars le moteur... j'éteins le moteur, je reviens à la maison, " décrisse " la cravate et je saute dans mes shorts. Je prends ma guitare et je fais "Donne donne donne" en quatre heures ! C'est la chanson que j'ai écrite le plus rapidement. L'idée vient de ce que j'avais déjà entendu : "Donne, donne, ça va te revenir".

LES ROBIDOUX (1987) :

Je volais en avion pour Air Mont-Laurier. Y'a une famille de Robidoux, près de l'Annonciation, qui existe et avec lesquels j'allais à la pêche et à la chasse. J'ai fait la chanson quelques fois en spectacle. En chanson, c'était pas pire... Mais je me suis dit que si je la refais, je la refais en rap ! À ce moment-là, ça va être différent, ça va être nouveau. Je la fais en spectacle en rap, c'est pas mal meilleur.



S'IL RESTE UN PEU D'AMOUR (2001) :

C'est dédié à une personne vis-à-vis laquelle je me demandais vraiment comment ça se fait... je me disais : " S'il reste un peu d'amour, ça pourrait s'arranger ". Elle est très vraie cette chanson-là. Je l'ai écrite sous le coup de l'émotion. Je pense que c'est une de mes meilleures chansons.

LE PILOTE DE BROUSSE (2001) :

C'est un peu un hommage aux pilotes de brousse. Je ne sais pas s'ils ont l'impression que je ris d'eux. J'espère qu'ils ont le sens de l'humour ! C'est une chanson humoristique, en country avec les effets de guitare de moi et de Bob Stanley. C'est une chanson qui est le fun, amusante et intéressante.