Le Parolier rencontre...
Jérôme Lemay

Première partie : Les débuts (1933 - 1955)




Le Parolier : Quel est le premier souvenir musical issu de votre enfance ?

Jérôme Lemay : J'avais six ans, j'étais dans le village de Nédélec, entre Rouyn et Ville-Marie. Je me promenais dans le village et il y avait la maison du maire près de l'église, les portes étaient ouvertes, c'était l'été. Je me baladais avec un des mes amis et j'ai entendu une chanson qui m'a émerveillée. C'est une chanson de Rolland Lebrun : "L'adieu du soldat". " Viens t'asseoir tout près de moi petite amie, dis-moi sincèrement que tu m'aimes... "

LP : Quel a été votre premier contact avec un instrument de musique ?

JL : J'avais neuf ans. Un ami de mon frère Claude jouait de la guitare. Comme il a commencé à en gratter avec lui, il s'est procuré une guitare pour 12 $. J'aimais le son et c'est là que j'ai commencé à gratter la guitare de mon frère lorsqu'il était parti. J'avais peur de casser les cordes ! À un moment donné, ma soeur lui a dit : " T'as pas entendu Jérôme jouer de la guitare ? Il est pas pire ". Il est venu me voir et m'a demandé : " Joue donc de la guitare ". Je lui ai joué quelques petites " tounes " et m'a demandé : " Tu l'aimes cette guitare ? ". J'ai dit : " Oui, je l'aime pas mal ". Et il me l'a donnée et ça a commencé comme ça.

LP : Vous êtes issu d'une famille de musiciens ?

JL : Oui. Mon père chantait et ma mère aussi. Elle jouait du piano, assez pour s'accompagner et jouer la "Bonne Chanson". Mes frères jouaient de l'harmonica, du violon et de la mandoline. Avec mon autre frère qui jouait de la guitare on faisait l'orchestre Lemay. On faisait des salles de danse et des noces. Comme mon frère jouait de la guitare, pour ne pas avoir deux guitaristes, je me suis procuré un banjo. À cette époque j'avais 12-13 ans.

LP : Quel type de musique jouiez-vous ?

JL : On jouait beaucoup d'Américain, des chansons tel " I'm looking over a four leaves clovers... ". Toutes les chansons américaines qui étaient des gros succès étaient des chansons faciles à chanter, des ballades. Elles nous influençaient beaucoup. En plus, on faisait des rigodons, du folklore et des chansons humoristiques. J'aimais amuser les gens en chantant, pas seulement leur chanter des ballades sentimentales.

LP : Vous êtes donc autodidacte ?

JL : Oui. Mais j'ai tout de même pris des cours par correspondance. J'ai fait venir de New York un cours de guitare par correspondance, le " U.S. School of Music ". J'avais seize ans. C'était tout en anglais. Je me suis débrouillé pour apprendre les 96 leçons. Ça m'a aidé à écrire la musique, à comprendre les enchaînements d'accords.

LP : Avez-vous fait de la musique avec votre soeur Jacqueline ?

JL : On n'a pas fait beaucoup de musique ensemble. Juste avant mon départ de Rouyn à 18-19 ans pour la grande ville, elle a commencé à chanter un peu. Je l'accompagnais dans quelques spectacles à l'aréna de Rouyn pour quelques expositions.

LP : Qu'est-ce qui vous a donné le goût de faire carrière ?

JL : Je ne rêvais pas particulièrement de faire une carrière. Je l'avais en tête sans le savoir... J'écoutais du Luis Mariano, Charles Trenet, Félix Leclerc. J'ai commencé à regrouper quelques musiciens pour faire de la musique à la radio à Rouyn-Noranda, j'avais environ 17 ans. Mais je ne rêvais pas en couleur pour dire : "Je m'en vais à Montréal pour faire du succès !" Non, je laissais venir les choses comme elles venaient. Je travaillais pour la Northern Quebec Power et le soir je faisais de la musique. Un jour mon travail m'a amené à 100 km au nord de Rouyn, à Senneterre. À cette époque, je chantais parfois dans les bars et l'on m'a contacté pour que je chante à la semaine. J'ai demandé 75 $ par semaine, nourri, logé... et on m'a engagé ! J'ai donc laissé tombé mon emploi à la Northern Quebec Power, un emploi régulier et fiable pour faire de la musique. J'avais un hit à cette époque : "Mexico" de Luis Mariano et je chantais des succès américains. Je me suis donc monté un trio et j'ai débuté le contrat.

Par la suite j'ai joins un nouveau trio. Après cinq ou six mois, nous sommes devenu un duo, c'est-à-dire, Raymond Hébert et moi (Jay and Ray). Un jour, les Tunes-Up Boys sont venus à Val d'Or et nous sommes allés les voir. On leur a dit : "On aimerait faire une audition". On a fait "Tico-tico" à la guitare et à la trompette. Quelques semaines plus tard, on a reçu un télégramme : "You are opening at the Beaver Café in Montreal" (Aujourd'hui "Le Spectrum"). Là, j'ai sauté au plafond !

Notre duo a duré six mois et j'ai fait le spectacle seul par la suite. Mais, je n'étais pas heureux seul, je ne savais pas quoi chanter... Un jour, je reçois un téléphone d'un gars qui me dit : "Je t'ai vu avec ton partenaire, Jay and Ray, vous étiez à Québec "Chez Émile", j'ai été vous voir dans la loge. Te souviens-tu, j'ai imité Félix Leclerc ? " J'ai dit : "C'est quoi ton nom ?" Il me dit : "C'est Jean Lapointe ". Jean se cherchait un partenaire. Nous nous sommes rencontrés à Montréal et c'est là que tout a débuté.