Le Parolier rencontre...
Jean-Claude Boudreau

Quatrième partie : Oui, c'est vrai




Le Parolier : Parlez-moi de votre album "Oui, c'est vrai".

Jean-Claude Boudreau : Je n'essaie pas de réinventer la roue... c'est un album pop-rock axé sur le "Feel it good music", c'est-à-dire de la musique agréable à écouter, pas compliquée. C'est un album qui parle de moi, de la solitude, de l'amitié et de l'amour.

L.P. : Ce disque a connu trois titres... au début il se nommait "Jean-Claude Boudreau", ensuite ce fut "Sortir de l'ombre" pour finalement devenir "Oui, c'est vrai".

J.C.B.. : Tu sais, quand tu n'as pas de date butoir, que tu n'es pas avec une compagnie, qu'on ne te dit pas "O.K. c'est sur contrat, c'est à telle date qu'il faut finir parce que ça entre dans les presses et que c'est distribué"... quand c'est toi qui contrôle tout, tu peux y aller à ta guise. En 2000, j'avais mis trois chansons sur eworldmusic (Taxi, Refaire le monde, Un baiser d'elle). Et de fil en aiguille, les chansons se sont ajoutées. Au début, les gens d'eworldmusic lui ont donné le nom de "Jean-Claude Boudreau". Moi, j'ai modifié pour "Sortir de l'ombre" par la suite. En 2001, j'ai décidé d'appeler le disque "Oui, c'est vrai" et c'est ce titre qui va rester.



L.P. : Que vous a apporté le site "Eworldmusic" ?

J.C.B. : Eworldmusic c'est une belle initiative. C'est comme un magasin virtuel qui ne vend que des MP3. Je ne sais pas comment ils font leur argent, j'espère qu'ils en vendent, parce que moi je n'ai jamais réussi à vendre ! Qu'est-ce que ça m'a donné ? Une visibilité. La chanson "Refaire le monde" a fait partie des coups de coeur pendant une semaine ou deux, ce qui signifie que eworld a aimé ma chanson. En plus, elle a fait partie du palmarès en cinquième position. "Marée dense" a connu aussi un succès sur le palmarès. La journée ou la semaine où ta chanson est dans les "Coup de coeur", plein de gens viennent te voir, ça c'est le "fun".

L.P. : Mais les MP3 ne se vendent pas beaucoup...

J.C.B. : Non. J'espère que les autres artistes vendent mieux. Moi, je suis arrivé là, personne ne me connaissait. J'ai essayé de pousser mes chansons seul, sans agent, sans antécédent. J'ai été connu, oui, mais à travers un groupe et comme musicien de studio. Mais pour le grand public, je suis un "nobody". C'est dur de vendre des trucs de cette façon. Avec Eworld, j'ai cru que ça allait fonctionner, je croyais pouvoir vendre quelques MP3. Mais, ça n'a pas fonctionné... ça m'a donné de "l'exposure" par contre.

L.P. : Vous faites tout vous-même. Je me souviens que c'est vous qui m'avez contacté via le net.

J.C.B. : Oui, oui, j'achale le monde sur internet (rires). C'est comme ça qu'on s'est connu ! Je prends des listes de courriels et j'effectue des envois pour me faire connaître.

L.P. : Comment les gens réagissent-ils face à ces courriels ?

J.C.B. : La plupart du temps, ils réagissent assez bien. Il y a quelques personnes qui n'ont pas aimé, on appelle ça du "spam" et je trouve cela normal. La plupart du temps des réponses sont positives. J'ai eu quelques contacts intéressants où j'ai pu faire quelques échanges de liens.

L.P. : Comment voyez-vous les MP3 et l'internet ?

J.C.B. : Au début je voulais faire mon site, y mettre toutes mes chansons en MP3 et faire en sorte que l'on puisse les acheter moyennant un système de paiement sécurisé. J'ai pensé que je pourrais gagner ma vie avec ça... Ce n'est pas fou comme idée, mais ce n'est pas encore entré dans les moeurs des gens. Et il y a des résistances de la part des compagnies de disques car ça fait baisser les ventes. Pour ma part, j'embarque là-dedans tranquillement, je trouve ça bien correct.

L.P. : Que pensez-vous de Star Académie ?

J.C.B. : C'est bien, mais j'espère que les jeunes ne seront pas laissés à eux même par la suite. Ils ont vingt ans, ils sont beaux, ils chantent bien... L'idée de faire une émission de télévision basée sur un concours pour aider les gens à se faire connaître, en tant que téléspectateur, je trouve ça correct. C'est beau, mais pas plus. Mais pour les auteurs et compositeurs, je te dirais que ce n'est pas intéressant.

L.P. : Avez-vous l'impression, lorsque l'on regarde les réseaux musicaux, qu'il y a une espèce d'uniformisation de la musique ?

J.C.B. : Oui, c'est sûr. Autrefois, tu pouvais faire entendre ton disque au directeur musical de la station de radio et il pouvait le faire jouer. Mais là, si je vais le porter dans une radio membre d'un réseau, il faut que ça soit approuvé par ce réseau qui se rencontre une fois à toutes les deux ou trois semaines. Il faut en plus que ça soit supporté par une compagnie disque sinon, ils ne l'écouteront même pas !

J'ai fait quelques démarches auprès d'un agent de promotion qui s'occupe de vendre et de pousser tes chansons pour les faire jouer à la radio. Je me suis informé du prix et évidemment, ça coûte un p'tit bras ! On m'a dit que mes chansons sonnaient bien et qu'elles passeraient à la radio... mais comme je n'ai pas de label officiel, on n'ouvrira même pas le disque ! Alors, qu'est-ce que tu fais dans ce temps-là ? Tu attends de te trouver une compagnie de disque, mais y'a personne qui veut le faire...


L.P. : Et vous continuer à bûcher...

J.C.B. : Oui ! Ça me donne de la force de caractère, je ne me laisse pas piller sur les pieds.

L.P. : Jean-Claude, je vous remercie pour cette entrevue.

J.C.B. : Ça m'a fait plaisir.