Le Parolier rencontre...
Jacqueline Lemay

Huitième partie : À travers les chansons




ÉCRIS-MOI UN MOT (1997) :

C'est une invitation tendre au milieu de l'absence de communication dont souffre notre société actuelle. Alors qu'ironiquement, les moyens pour communiquer n'ont jamais été aussi nombreux ni aussi sophistiqués ! Marc Beaulieu, en 1997, en a fait un fort joli arrangement musical sur le disque du même titre.

ON A TOUS LE MÊME ÂGE (1990) :

C'est ma thérapie à moi. Je me suis dit qu'après tout, se trouver jeune ou moins jeune n'est qu'une question de synchronisme. On a tous eu vingt ans, et celui ou celle aujourd'hui qui a cette âge aura le mien à son tour. Seules comptent l'intensité et la qualité à investir dans le moment présent. Belle théorie, pas toujours facile à appliquer !

SERAS-TU TOUJOURS MON AMI ? (1990) :

C'est un peu la chanson fétiche de mes spectacles. Vous savez, ce genre de "sing along" où on fait la vague, allume les chandelles etc. Elle ouvre également l'album "Présences" sur un arrangement de François Cousineau qui lui donne une couleur country.

LES DEUX RAYONS (1980) :

Sur une superbe mélodie d'Édith Butler, je l'ai écrite et enregistrée d'abord pour les enfants (Barbchon, barbiché). Il s'agit d'une allégorie sur le thème de la réconciliation inspirée des vieilles rancunes de gens qui restent, pour une vétille, des décennies sans se parler. La chanson a pris toute sa dimension pour un public adulte avec l'album Présences, sur les arrangements de François Cousineau.

LE FIL DE LA RIVIÈRE (1979) :

J'avais écrit ce texte en sortant d'une conversation très émouvante avec Édith Butler sur le drame historique des Acadiens. En parallèle, ce pouvait être n'importe quelle histoire de trahison sur un plan personnel, débouchant sur la même force rebâtie, la même sérénité. Édith en a fait la musique et l'a chantée lors de son premier spectacle à la Place des Arts. La chanson avait été particulièrement remarquée par la critique.

AUT'FIDÉLITÉ (1976) :

Le féminisme battait son plein. Je me suis amusée en cinq minutes, au piano, sur une avalanche de notes, avec ce scénario imaginaire mais très réaliste d'une fille qui en a marre d'être flouée par son amoureux !

MES AMIS SONT TOUS PAREILS (1976) :

C'est une couleur, une ambiance, le reflet d'une tranche de vie assez bohème quand j'habitais sur la rue Crescent dans les années 1970 et que la musique, la poésie, les amis occupaient tout mon espace le jour comme la nuit. J'écoutais beaucoup Cat Stevens, Catherine Lara, Véronique Samson, d'où cette influence, le côté syncopé de cette chanson.

LA MOITIÉ DU MONDE EST UNE FEMME (1975) :

J'ai souvent eu l'occasion de raconter comment j'ai eu cette "commande" en 1975, de composer une chanson pour l'Année internationale de la Femme. Ce fut une expérience assez impressionnante d'aller la chanter dans les studios de la radio internationale de l'ONU à New-York. Cette chanson a marqué un tournant dans ma carrière.

IL NEIGE (Vers 1970) :

On la trouve pour la première fois sur l'album "Écris-moi un mot" bien que je l'aie composée dans les années 1970. C'était une de ces premières journées de neige légère et folle, début décembre, déjà l'ambiance des Fêtes dans l'air, les gens entre deux magasinages qui se pressent sur la rue ou s'arrêtent soudain étonnés que l'hiver tant redouté s'annonce de si jolie façon, dans une avalanche de confettis. Cette chanson, je l'ai composée à la guitare, face à ma fenêtre, devant ce tableau vivant, en pleine ville, et d'un seul trait, paroles et musique.

LE QUÉBÉCOIS (1967-1973) :

Commencée en 1967, j'ai complété cette chanson au moment où le jeune premier ministre Robert Bourrassa avait maille à partir avec les syndicats, dont Monsieur Pépin était le chef, où sur toutes les tribunes ça discutait fort de la Constitution. C'était les années glorieuses du Patriote de Montréal qui était plein à craquer tous les soirs. Inutile de dire que cette chanson suscitait des rappels.

IDENTITÉ (1963) :

L'humour n'est jamais loin chez moi. C'était en 1963. J'ai eu le goût de m'amuser avec des rimes et des lignes satiriques sur la situation de l'heure : les premiers indépendantistes que l'on appelait "séparatisses", en même temps qu'à droite palabraient les créditistes, alors que des profs dans les collèges diffusaient des théories maoïstes... Pendant tout ce temps l'anticléricalisme battait son plein et le Québec se cherchait, se cherchait...

SI TU VOIS LA MER (1962) :

Au moment où je partais pour aller chanter aux Iles de la Madeleine, une amie originaire de là-bas, et qui avait hâte d'y retourner, m'a lancé comme ça : "Si tu vois la mer, dis-lui bonjour !" J'ai commencé à écrire la chanson pendant qu'apparaissaient les premières des dunes de sable par le hublot de l'avion.

ROUTE CLAIRE (1961) :

Cette chanson est de ma "première époque". Ce moment de ma vie où dans l'ardeur de mes vingt ans, j'avais décidé d'un chemin d'absolu qui me comblait tout-à-fait. Cela m'a inspiré de nombreuses chansons comme celles-ci : La moisson, Apôtre à vingt ans, Regardez, Semez la joie, Le jeune homme riche et bien d'autres.

PAIX DU SOIR (1959) :

J'ai composé cette chanson en me promenant dans un boisé à l'heure du coucher de soleil en...1959. La camarade qui marchait à mes côtés notait les paroles qui me venaient en même temps que la mélodie. En 2003, "Paix du soir" est toujours au répertoire des scouts; des chorales la chantent. Cette chanson c'est un peu comme un tableau qui s'animerait de chants d'oiseau quand on le regarde. Je l'ai enregistrée à nouveau en 1989 et je la fais souvent en spectacle.