Le Parolier rencontre...
Jacqueline Lemay

Cinquième partie : La S.P.A.C.Q.




Le Parolier : En 1980, vous effectuez tout un virage majeur ! Vous vous retrouvez à Québec dans un cabinet ministériel !

Jacqueline Lemay : C'est drôle, mais au fond c'était assez logique, car j'y étais à titre d'attachée aux dossiers culturels. Monsieur Jacques-Yvan Morin, alors Vice-premier ministre, à la tête du ministère d'État au Développement culturel, m'avait rencontrée pour ce poste, nous nous sommes bien entendus. J'ai aimé faire ce travail, quoiqu'un peu dépaysée au début, mais la vraie création artistique, libre et sans contrainte me manquait. Après deux ans, je revenais à ma vie montréalaise.


Jacqueline avec M. Jacques-Yvan Morin

L.P. : Vos désirs de création devaient encore patienter, puisque qu'aussitôt rentrée, c'est Luc Plamondon et son cheval de bataille, le droit d'auteur, qui vous attendaient...

J.L. : Pendant sept années, je me suis littéralement consacrée à cette "cause", si je puis dire. D'abord en installant dans le Vieux Montréal le premier bureau de la S.P.A.C.Q. (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec). Bien naïvement je croyais au début m'en tenir à quelques heures par semaine... En tant que directrice générale, je gardais le contact avec tous les auteurs, et donnait une attention particulière à ceux qui n'étaient pas encore connus et qui avaient besoin de support. Passionnant, dur et exigeant, le travail en fut un de temps plein. Les suivis, les nombreuses représentations orales et écrites auprès des gouvernements, la Commission du droit d'auteur à Ottawa , tous les dossiers pour la reconnaissance du droit des créateurs, le fonctionnement général de l'organisme, tout cela requérait une constante implication. La cause était motivante et gratifiante en soi. Mais après sept ans j'ai donné ma démission, j'avais besoin de me retrouver.

Jacqueline avec ses frères Fabien et Jérôme


L.P. : À la S.P.A.C.Q., vous y avez rencontré François Cousineau...

J.L. : Je lui ai parlé d'un projet d'album et il a tout de suite été intéressé. Aussi, en 1991, nous avons réalisé ensemble Présences, un disque important pour moi, que je considère comme une pierre blanche sur mon parcours artistique. François a saisi avec une fine sensibilité et l'immense talent de musicien et d'arrangeur qu'on lui connaît l'essence tout-à-fait particulière de ces chansons. Tous les deux nous savions que nous n'étions pas en train de produire un disque pour le palmarès radio... Plutôt, comme il se plaît à me le dire encore aujourd'hui : "Un album hors des modes, qui défie le temps, et qui va toujours durer".