Le Parolier rencontre...
Jacqueline Lemay

Quatrième partie : C'est la récréation




Le Parolier : En 1975, vous écrivez une chanson qui ne manquera pas d'attirer l'attention des médias : La moitié du monde est une femme.

Jacqueline Lemay : Ah, c'était toute une commande ! J'ai dû, en deux jours, faire les paroles et la musique de cette chanson, comme thème de "L'Année internationale de la Femme", à la demande d'une consultante de l'ONU, Doreen Alexander. Je suis allée enregistrer la chanson en anglais et en espagnol dans les studios de l'organisme à New-York. La grande intervieweuse Barbra From m'a rejointe au téléphone à la suite d'articles parus dans plusieurs journaux.

L.P. : Cette chanson a fait du chemin...

J.L. : Pauline Julien au Québec, et Isabelle Aubret en France l'ont enregistrée. La diva canadienne Maureen Forester l'a entonnée un soir à la télévision et d'autres interprètes d'ici l'ont chantée à quelques occasions. L'année suivante, j'enregistrais un nouveau 33 tours avec douze nouvelles chansons, "La moitié du monde est une femme". Et les Éditions Leméac publiait sous ce même titre un premier recueil de poésie, prose et textes de mes chansons.



L.P. : Il y a eu, durant cette décennie un grand bouleversement dans les goûts musicaux, c'était le début du rock québécois...

J.L. : Il était devenu difficile pour ceux qu'on appelait les chansonniers de faire des albums. J'enregistrais quelques 45 tours et je donnais libre cours à la poésie et aux créations musicales, sans trop de planification. Je composais au piano ou à la guitare jusque tard la nuit. Mon appartement de la rue Crescent, à cette époque, était un lieu très vibrationnel si je puis dire, puisque mes amis, des créateurs de fait ou dans l'âme, y venaient à toute heure du jour ou de la nuit. C'était un rendez-vous de musique, de discussions existentielles, de rires, de bon vins et... de chansons. Et nous parlions de nos histoires d'amour, comme le dit une chanson de mon album "La moitié du monde est une femme".

L.P. : Au cours de ces années, vous avez travaillé à la rédaction de reportages dans "Perspectives" de La Presse et vous avez aussi participé à plusieurs reprises à l'émission de télévision "Femme d'aujourd'hui" à télévision de Radio-Canada à titre d'intervieuweuse !

J.L. : Ah oui! (rires) J'adorais cela. Ça restait dans le domaine de la communication, avec toujours en arrière plan la chanson. Je fonctionnais beaucoup à l'instinct. Je participais de temps à autres aux émissions de variétés du midi à la télé de Radio-Canada. Entre des tournées de lecture de poésie et des spectacles, je suis allée chanter en France, invitée pour l'Office franco-québécois et dans les Maisons de la culture, puis, un jour, j'ai répondu à une demande de chansons pour enfants, une aventure fascinante qui s'est poursuivie jusqu'à tout récemment...

L.P. : C'est là qu'apparaissent les noms d'Édith Butler et d'Angèle Arsenault...

J.L. : Ce fut un moment privilégié de création pour nous trois je pense, une collaboration magique. Les éditeurs de la Méthode de la Lecture dynamique m'avaient d'abord approchée pour le projet. J'étais hésitante, pas sûre du tout de vouloir m'embarquer là-dedans. Édith à qui j'en ai parlé s'est tout de suite impliquée, m'a même poussée un peu dans le dos. Puis Angèle, et toutes les trois, nous habitions la même rue à l'époque, nous nous sommes mises immédiatement à l'écriture. Lise Aubut a pris en charge la production en studio alors que j'étais responsable vis-à-vis des éditeurs du contenu et du produit final. Ce premier disque, C'est la récréation a connu un succès remarquable d'un bout à l'autre du pays, et en 2003, des petits de deux à huit ans continuent de le découvrir.



L.P. : C'était l'époque de Passe-Partout ?

J.L. : Juste un peu avant. Nous avons peut-être été des pionnières dans ce domaine, des chansons originales créées spécifiquement pour les enfants, dans un but pédagogique tout en étant amusantes. Un jour Carmen Campagne m'a confié qu'elle a commencé à s'intéresser à la chanson pour enfant avec les chansons de "C'est la récréation". Puis il y a eu un deuxième album que j'ai réalisé avec Édith, "Barbichon, barbiché", des textes plus élaborés, pleins de bonne humeur, des images poétiques et souvent drôles. "Barbichon, barbiché" était mis en nomination au gala de l'A.D.I.S.Q. la même année. En l'an 2000 j'ai récupéré les droits de ces deux albums pour les regrouper sur un disque audionumérique, les 27 chansons.