Le Parolier rencontre...
Jacqueline Lemay

Première partie : Je ne veux pas grandir (La jeunesse)




Le Parolier : Quelles sont vos origines ?

Jacqueline Lemay : Je suis née au Témiscamingue, plus précisément à Guérin, un tout petit village qui a son propre musée ! Et j'ai grandi à Rouyn-Noranda.

L.P. : Vous êtes issue d'une famille de musiciens. Il y a votre frère, Jérôme, bien connu avec les Jérolas, et votre père aussi chantait...

J.L. : Mon père interprétait d'anciennes chansons françaises pleines de patriotisme et je me souviens que j'en étais toute remuée. Il chantait aussi du folklore, parfois en duo avec ma mère qui avait une voix plus timide, mais très juste. Mes frères étaient presque tous musiciens, violon, mandoline et guitare, mes cinq soeurs chantaient. Nous n'étions pas riches mais la musique compensait pour tout.

L.P. : À l'âge de cinq ans, vous êtes montée sur scène ?

J.L. : Pour faire une "déclamation". Cela s'intitulait "Je ne veux pas grandir" ! On m'a dit que j'avais beaucoup d'assurance pour mon âge. Malgré le trac, dès que j'ai vu la foule devant moi, j'étais certaine d'être à ma place.





L.P. : C'est vers l'âge de 17 ans que vous avez débuté à chanter devant un public ?

J.L. : Oui, les soirs et les fins de semaine, car le jour, j'étais institutrice. À cette époque on commençait à enseigner très tôt. Une responsabilité assez stressante, alors la musique s'avérait la soupape idéale. Je chantais à la radio locale, dans les night clubs et... le dimanche à la messe, avec la chorale ! À l'été de mes dix-hui ans, je suis venue au Casa Loma de Montréal, participer aux concours de Jean Simon qui regroupaient des chanteurs et chanteuses de tous les coins du Québec. J'ai remporté le premier prix qui consistait en un engagement d'une semaine dans cette boîte prestigieuse à l'époque et très populaire. Mais il fallait retourner en Abitibi pour enseigner en septembre... J'ai le vague sentiment que mon frère, qui commençait alors sa carrière avec Jean Lapointe, a glissé un mot à ma mère sur les "dangers de la vie de cabaret à Montréal". Le destin avait sans doute sa petite idée puisqu'une autre route, diamétralement opposée m'attendait...