Le Soleil, jeudi le 22 août 2002.

SUR LES TRACES DE GAËTANE BRETON

RECYCLAGE ET AUTRES SCÉLÉRATESSES DE LA COURONNE

Hugh Phillips, un vrai " British ", marié à Gaëtane Breton depuis deux ans, a rédigé en anglais quelques chroniques sur sa vie quotidienne, traduites et adaptées par Liz Morency.

Mon épouse est Canadienne française; le bon côté des Canadiennes françaises est qu'elles ne sont pas hargneuses. Le moins bon côté réside dans la façon qu'elles ont d'émettre une série de revendication non négociables. De grâce, ne vous méprenez pas, elle est si gentille. Sa liste courante des " Il faut que ce soit fait et que ce soit fait tout de suite " est des plus modestes.

Cependant, il perdure un problème de longue date : le recyclage. Au Québec, vous pouvez recycler à peu près de tout. Ce qui est en train de devenir un dilemme matrimonial fondamental et que madame Breton me tien personnellement responsable de la piètre performance du gouvernement britannique en matière de protection de l'environnement.

Je précise également qu'elle a maintenant le droit de voter au Royaume-Uni et que, par conséquent, elle est aussi responsable que moi pour les lois appliquées par notre gouvernement. Cet argument de départ accusa une fin de non-recevoir. Étant donné que le gouvernement britannique a refusé de communiquer avec elle en français, elle considère donc qu'elle n'a aucune responsabilité dans ses politiques.

Elle m'a rappelé qu'on lui avait même envoyé son formulaire de demande de visa d'immigration en anglais - tous les formulaires émis par le gouvernement du Canada devant être bilingues. Dans une tentative plus stupide qu'inconsciente, j'ai tenté de justifier les fonctionnaires en disant que, comme l'enveloppe avait été postée de Londres, ils avaient certainement cru qu'ils en étaient exemptés. Elle a contre-attaqué en remplissant le formulaire en français, ce qui a certainement contribué au fait qu'il lui a fallu trois mois pour obtenir son visa. Dans tous les cas, il en résulta qu'uniquement sur le plan linguistique, j'étais le seul et unique responsable de cette politique du gouvernement, sans l'ombre d'un doute. Ce qui, inévitablement et par je ne sais quel lien de cause à effet, est suffisant pour ramener sur le tapis la question d'un recyclage accru; non seulement la pratique sauverait-elle la planète mais m'épargnerait un autre énoncé sur le thème " You ! English ! ".

Comme elle me le dit souvent - dans le sens très souvent - au Québec, on encourage le recyclage des contenants en verre, en plastique et en aluminium en appliquant tout simplement le remboursement des frais de consigne sur ceux qui sont vides. Si un individu à généreuse pilosité, et vaguement gris avec son haleine de houblon fermenté sans équivoque, s'approche de vous avec un air intéressé, ce n'est pas pour vous offrir la proverbiale " tasse de thé " mais plutôt pour tenter de réquisitionner la canette ou la bouteille vide que vous vous apprêtez à larguer.

L'avantage certain réside dans le fait que lorsque cette espèce plus apparentée à la famille des éponges qu'à celle des primates soigne son problème de déshydratation avec vos articles vides, les espaces verts sont débarrassés des canettes et des bouteilles.

Mon épouse a également insisté sur le fait que lorsqu'elle est au Québec, elle se fait un devoir de toujours rapporter les bouteilles vides au supermarché et qu'on les lui rembourse toujours toutes. " Je crois plutôt que tu y vas pour te rincer l'oeil en regardant le préposé au corps d'Apollon, par ailleurs beaucoup trop jeune pour toi ", lui rétorquai-je.

Avec son impitoyable logique gauloise, elle revint sur son sujet initial. Elle me dit qu'au Québec, on avait même des machines spéciales qui non seulement compressent les canettes en plastique et en aluminium mais donnent aussi le reçu remboursable à la caisse. Je me suis alors souvenu de ces machines devant lesquelles des hommes, à la queue leu leu, attendaient pour profiter de leurs services.

J'avais d'abord cru qu'il s'agissait de distributrices de condoms. Peut-être que finalement les Français sont plus portés sur l'écologie que sur le sexe, contrairement à ce que je pensais...

Je lui ai répondu que tout cela était trop sophistiqué pour Notre Majesté le gouvernement, mais elle ne lâcha pas prise pour autant. Les communautés religieuses et les philanthropes pouvaient payer pour les frais de service. En fin de compte, je présume que M.Blair pourrait consulter ma femme - on dit qu'elle parle français. Elle lui dirait merci et distribuerait à la tonne son irrésistible sourire pour chaque bouteille ou canette récupérée. Cela contribuerait également à effacer de la liste un des nombreux crimes commis par " You ! English ! ".

Puisque nous parlons d'injustices nationales, j'ai une petite statue de Nelson que j'ai achetée avant de me marier; quelqu'un serait-il intéressé à l'obtenir rapidement, vraiment rapidement ?

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