Le Parolier rencontre...
Gaëtane Breton

Deuxième partie : Breton-Cyr




Le Parolier : Racontez-moi vos expériences lors de vos premiers spectacles. Quelle était la réaction du public ?

Gaëtane Breton : Richard et moi avions décidé de chanter a cappella, c'est-à-dire sans instrument de musique pour nous accompagner. Nous ne connaissions même pas l'existence de cette expression quand nous avons commencé. Avec le recul, je crois qu'il fallait beaucoup de cran pour monter sur scène d'une façon aussi dépouillée avec comme seul accompagnement l'accord de pieds de Richard. Mais nous avions l'ardeur de la jeunesse et la naïveté des débutants.

Lors de notre premier spectacle nous chantions sur de petites scènes que la SuperfrancoFête avait mis à la disposition de la relève dans les bars du Vieux-Québec. Je me rappelle de notre tout premier spectacle, nous chantions sur l'heure du midi dans un petit bar sur la rue St-Jean et il y avait pas plus de cinq personnes. Mais plus les jours avançaient, plus nous voyions notre public s'accroître. Je crois que le public a été indulgent envers nous parce que nous formions un beau couple sympathique sur scène malgré nos fausses notes et notre manque d'expérience. Nous avons eu quelquefois des regards gênés où certains nous prenaient pour de pauvres chanteurs qui n'avaient pas les moyens d'avoir des musiciens pour les accompagner !


L.P. : Que vous a apporté la FrancoFête ?

G.B. : La FrancoFête a été vraiment l'élément déclencheur pour notre carrière. Jamais Richard et moi avions prétendu vouloir faire une carrière dans la chanson, c'est plutôt la carrière qui est venue à nous. Dans les années 1970 c'était l'époque heureuse où le peuple québécois découvrait son identité et était fier vraiment de ce qu'il était comme peuple. À ce moment-là tous les rêves étaient permis, le temps était à l'optimiste donc le climat était propice pour une renaissance de la chanson québécoise. On enregistrait tout, tout était enregistrable ou presque, plusieurs artistes de la chanson sont nés grâce à cet engouement et plusieurs petites maisons de production ont vu le jour par le fait même. C'est comme cela qu'un producteur nous a approché Richard et moi pour endisquer et deux mois après, nous entrions en studio pour enregistrer notre premier 33 tours dans l'espace d'une journée dans un grand studio à Montréal. Il s'est vendu à 2,000 exemplaires. C'est un exploit de vente quand on considère que ce disque ne contenait que des chansons traditionnelles sans accompagnement musical sauf de temps en temps quelques accords de guitare.


Breton-Cyr en 1975
L.P. : Comment trouviez-vous vos chansons ?

G.B. : Les premières chansons que nous avons faites venaient surtout du répertoire de la famille de Richard Cyr et j'ai appris aussi quelques chansons qui venaient de ma famille. Après avoir fait le tour du répertoire de vieilles chansons de nos familles respectives nous nous sommes mis à faire des recherches dans nos régions. Richard venait de la région de Rivière-du-Loup et moi de la Beauce. Nous avons recueilli des chansons par la suite dans la région de Portneuf, de Joliette, Trois-Rivières et moi je me suis rendue aussi au Nouveau-Brunswick à Edmunston . Celle qui m'a donné le plus grand répertoire a été Madame Irène Berthiaume de Ste-Marie-de-Beauce. Elle avait une mémoire incroyable des chansons que son père lui montrait quand elle était petite. Elle me racontait que lorsque son père revenait des chantiers il rapportait des tas de chansons qu'il avait apprises durant l'hiver des autres bûcherons qui venaient d'un peu partout à travers le Québec.

Nous n'étions pas très bien équipés pour faire des enquêtes, nous apportions avec nous notre petit magnétophone à cassette d'une valeur de 100$ mais la qualité était suffisante pour garder en mémoire les chansons.

Malheureusement, quelques années après, beaucoup de ces recherches ont été perdues car mon appartement a passé au feu en plein mois de janvier 1981 lors d'un froid sibérien.


L.P. : "Breton-Cyr" a enregistré six albums dont un pour les enfants (réf. "Breton-Cyr racontent et chantent pour les enfants"). Étais-ce sous votre influence que ce disque a été produit ?

G.B. : Oui car nous avions de bons souvenirs des chansons de notre enfance et nous voulions transmettre notre bagage, nous avons parlé de notre projet au producteur de l'époque, qui était François Reny, qui a embarqué dans le projet immédiatement. Nous l'avons enregistré en même temps que l'album "Le temps qu'il fait par ici". D'ailleurs ce disque a été réalisé le temps de le dire tellement nous possédions nos chansons, et les arrangements ont été admirablement faits par le pianiste Denis Larochelle. 25 ans après ce disque est encore agréable à entendre, il a bien vieilli. En passant, c'est ce même arrangeur, Denis Larochelle, qui a réalisé l'album qui a gagné le prix de l'ADISQ 2002 pour le meilleur disque de l'année pour enfants avec Shilvi !