Le Parolier rencontre...
Gaëtane Breton

Première partie : L'enfance




Le Parolier : Pouvez-vous nous parler de votre enfance ?

Gaëtane Breton : Je suis née à Ste-Hénédine, Beauce-Nord, le 28 juin 1951. Je suis la cinquième d'une famille de neuf enfants comprenant huit filles et un garçon et ce garçon unique a le bonheur d'être mon frère jumeau ! Et je vous laisse deviner quel prénom on lui a donné ? Bien sûr, Gaétan ! Ça allait de soi.

J'ai grandi sur une petite ferme entre les vaches, chevaux, poules et cochons. Je considère que j'ai eu la chance de connaître ce qu'était la vie traditionnelle chez les paysans. Donc mon premier souvenir, c'est le travail à la ferme d'une manière artisanale tel que le faisaient nos ancêtres, c'est-à-dire, que l'on exécutait les travaux des champs avec les chevaux uniquement. J'ai connu, si l'on peut dire, le vrai "ancien temps". Je me rappelle lorsque j'étais petite, mon père m'amenait au village avec son express en bois tiré par un cheval pour aller faire des commissions ou pour aller porter la crème à la beurrerie. Et, je me rappelle aussi du temps des fêtes lorsqu'on montait dans une carriole avec clochettes et j'étais emmitouflée sous une peau de chat sauvage pour me protéger des grands froids. Quand je m'exprime ainsi, j'ai l'impression que les lecteurs vont me prendre pour une vieille grand-mère ! (Rires)

Et en plus, pour compléter ce tableau, j'allais à l'école dans une école de rang où la maîtresse enseignait de la première à la septième année. Je me rappellerai toujours du décor, du poêle en fonte à deux ponts, de la pompe à eau, des pupitres avec des pattes en fer forgé et la maîtresse qui avait son appartement à même l'école. Peut-être avez-vous vu "Les Filles de Caleb" à la télévision lorsque Amélie enseignait dans son école de rang, hé bien j'ai vécu cette même réalité.

Quand j'ai eu neuf ans, il y a eu un grand changement dans le système scolaire, nous rentrions dans l'ère moderne avec l'avènement de la Révolution Tranquille (année 1960), le gouvernement a décidé d'éliminer les écoles de rang au profit des écoles de village. Nous prenions alors l'autobus scolaire à tous les matins pour se rendre au village et le soir nous rentrions exténués vers 16h30 avec un appétit énorme. Un des moments que j'appréciais le plus quand j'arrivais de l'école, c'était le jour où ma mère faisait sa cuite de pain. L'odeur du pain fraîchement cuit quand nous rentrions dans la maison nous donnait un grand bonheur et nous mangions les bons petits pains chauds avec du beurre comme collation. Ça fondait dans la bouche. Le souper commençait habituellement à 17 heures et la vaisselle était finie de laver à 18 heures ! Le soir, les tâches étaient divisées en deux groupes : ceux et celles qui allaient faire le train avec les parents c'est-à-dire aller "tirer" les vaches, nourrir les animaux, ramasser les oeufs et celles qui lavaient la vaisselle et entretenaient le ménage. Moi je faisais partie du groupe qui s'occupait de la vaisselle et du ménage. Après cette tâche, je me plongeais alors très sérieusement dans mes études jusqu'à 21 heures, je me permettais uniquement une heure de T.V. par soir. Mais je ne manquais jamais mes émissions préférées qui étaient "Rue des Pignons", "Séraphin" (Les Belles Histoires des pays d'en haut) ou "Le Survenant". Eh oui j'étais une élève zélée!


L.P. : Quelles étaient vos influences musicales ?

G.B. : Je viens d'une grande famille. Lorsqu'on se réunissait nous étions toujours au moins une cinquantaine de "mononcles", "matantes", cousins, cousines mais curieusement personne de ma famille ne jouait d'un instrument de musique et si quelquefois quelqu'un poussait une p'tite chanson c'était un événement rarissime. C'est ma grand-mère maternelle qui aimait surtout chanter. Donc ma première influence musicale véritable fut celle des chants d'église en latin car mon père était chantre à la messe. Et ma seconde influence a été celle de la "Bonne Chanson". À tous les jours à l'école on démarrait la journée avec la prière et ensuite on sortait les cahiers de la "Bonne chanson". C'était mon moment préféré de la journée. Mais à cette période-là, jamais je n'aurais deviné que je deviendrais une artiste de la chanson car j'étais de nature plutôt timide et pour pouvoir me contenter je m'enfermais dans ma chambre et je chantais allègrement pour moi toute seule toutes les chansons apprises à l'école. Chanter a toujours été mon activité préférée, même à la maison.


Breton-Cyr en 1975

Si j'en suis venue un jour à chanter la chanson traditionnelle, qui est devenue ma spécialité, c'est surtout grâce à l'influence de Richard Cyr mon collègue de la scène pendant quinze ans, que j'ai rencontré lorsque j'étais étudiante au Cégep de Rivière-du-Loup, j'avais alors 22 ans. Richard avait un grand répertoire venant de sa famille, c'est vraiment lui qui m'a donné le goût de connaître toutes ces vieilles chansons. Régulièrement au Cégep, Richard et moi montions des spectacles de poésie et chansons et Richard, pendant les spectacles, nous poussait toujours une complainte ou une chanson à répondre. Donc quand la Superfrancofête a eu lieu à Québec en 1974, je me suis inscrite pour donner des spectacles de chansons et j'ai eu le bonheur d'avoir été sélectionnée pour représenter le Bas-du-Fleuve. À ce moment-là, j'interprétais plutôt les compositeurs québécois tels que Vigneault ou Leclerc et comme je n'avais pas un répertoire suffisant pour faire une heure de spectacle, j'ai demandé à Richard de m'accompagner. Nous jouions d'aucun instrument alors on a décidé de chanter a cappella comme le voulait la tradition et nous nous sommes fixés comme objectifs que de chanter uniquement les chansons traditionnelles. Nous possédions un programme qui ne durait qu'une heure et aucune pour les rappels. Richard et moi pensions que cette activité ne fonctionnerait que le temps de la Superfrancofête. Mais non... car un producteur nous avait remarqués et deux mois après nous enregistrions notre premier 33 tours dans un grand studio à Montréal. Depuis je n'ai jamais arrêté de chanter. Voilà comment la vie quelquefois nous surprend au détour.